NELSON MANDELA: Courage, intégrité, espoir

A Esch, l’expo sur la vie et la lutte de Nelson Mandela vient d’ouvrir ses portes. L’occasion de revenir sur ce personnage aux multiples facettes.

Nelson Mandela sous toutes ses formes… au Musée de la Résistance

« Nelson Mandela était un des grands résistants du 20e siècle. C’est pourquoi nous avons décidé, en juillet 2013, de dédier une expo à ce personnage important et à ses messages, valables universellement. » Frank Schroeder, directeur du Musée national de la Résistance, a présenté, lors d’une conférence de presse dédiée à l’expo « Nelson Mandela – From Prisoner to President », les raisons du nouveau « hype » autour de Nelson Mandela à Esch. « Faire une expo sur Mandela, c’est une idée que j’avais en tête depuis longtemps. Nous avons pu la réaliser grâce à notre collaboration avec l’Apartheid Museum de Johannesburg. » L’exposition, itinérante, a fait escale dans les capitales de différents pays de l’Amérique du Sud et à Paris avant d’arriver? à Esch-sur-Alzette. Vera Spautz, bourgmestre de la ville d’Esch est convaincue que le bon choix a été fait : « Aucune autre ville et aucun autre endroit n’auraient pu accueillir l’expo. Le Musée de la Résistance et une expo sur Nelson Mandela, ça va ensemble. Esch, une ville où habitent des gens de 117 nationalités différentes, est l’endroit où la montrer. »

« Nelson Mandela – From Prisoner to President » retrace la vie et le combat de « Madiba » en six étapes. Le premier chapitre, nommé « Caractère », parle des vertus qu’on attribue à Mandela et qui, selon l’exposition, ont « forgé » son caractère, des « vertus telles que la compassion, le courage, l’intégrité et l’espoir ».

De son prénom africain Rolihlahla, celui à qui une institutrice a donné plus tard le prénom anglais de « Nelson », est né le 18 juillet 1978 au village de Mvezo, situé dans l’actuel Cap-Oriental d’Afrique du Sud. Petit-fils d’un roi du peuple thembu, son père en était le chef de village. Quand celui-ci meurt de tuberculose en 1927, Nelson Mandela est placé sous tutelle. Très doué à l’école, Mandela devient un des premiers Noirs du pays à fréquenter une université. Quand son tuteur décide de le marier de force, Madiba prend la fuite et devient gardien d’une mine à Johannesburg.

La deuxième partie de l’exposition, « Camarade », revient sur les années qui suivent l’adhésion de Nelson Mandela à l’African National Congress (ANC) en 1944. Fondé en 1912, l’ANC est une organisation d’intellectuels, résolument pacifique, bien qu’étroitement liée au Parti communiste à partir de 1930. Dès le début de son militantisme politique, Mandela fonde l’« ANC Youth League » et pousse l’organisation vers une attitude plus décidée et moins pacifique. En 1948, des élections « whites only » installent au pouvoir le National Party qui instaure de suite l’apartheid.

De prisonnier à homme d’Etat

« Leader », s’appelle le troisième chapitre de « Nelson Mandela – From Prisoner to President ». Oliver Tambo, camarade et ami proche, aurait dit de Mandela : « Il émane de lui une autorité naturelle. Il ne peut s’empêcher de charmer les foules. » En effet, Mandela semble être le dirigeant parfait pour l’ANC. Madiba est élu président de cette dernière en septembre 1952. En 1960, la répression sanglante (69 morts) contre une manifestation à Sharpeville entraîne la radicalisation du mouvement noir. Nelson Mandela fonde en 1961 le bras armé de l’ANC, « Umkhonto we Sizwe », « fer de lance de la nation » en français. Mais la police sud-africaine veut sa peau. En 1963, une planque de l’ANC est démantelée et Mandela est arrêté. En 1964, avec sept camarades, il est condamné à perpétuité.

La quatrième partie, « Prisonnier », retrace les 27 longues années que Madiba a passées en prison. Incarcéré à Robben Island dès le début, contrairement à la majorité des prisonniers qui sont emprisonnés dans des cellules collectives, Mandela est tenu en isolement. Après vingt ans à Robben Island, il est transféré à la prison de Pollsmoor, au Cap. Pendant ce temps, à l’extérieur de la prison et dans le monde entier, une campagne pour la libération de Mandela démarre. De nombreuses organisations, dont les Jeunesses socialistes, les Verts, le Parti communiste ou encore l’Association Solidarité Tiers Monde au Luxembourg, revendiquent sa libération. Finalement, même le gouvernement sud-africain reconnaît le rôle que Mandela pourrait jouer dans de futures négociations. A partir de 1987, le gouvernement entre en contact avec lui.

C’est là que commence le cinquième chapitre de l’expo, « Négociateur ». Nelson Mandela négocie sa propre libération après 10.000 jours d’emprisonnement. Suite à la pression internationale et la situation intenable qu’elle engendre pour le gouvernement sud-africain, des représentants du pouvoir blanc lui rendent visite en prison. Ils sont persuadés qu’il est indispensable pour garantir la transition de l’Afrique du Sud vers un Etat démocratique sans pour autant faire éclater une guerre civile. Début février 1990, tous les prisonniers politiques, Mandela inclus, sont libérés.

En 1994, les premières élections libres se tiennent en Afrique du Sud. L’ANC les remporte et Mandela devient le premier président noir du pays le 10 mai 1994. S’adressant à la foule rassemblée à Pretoria, Madiba annonce qu’une nouvelle société naîtra des cendres du passé. Il dit : « Jamais, jamais, jamais plus cette belle terre ne connaîtra l’oppression des uns par les autres? que le soleil ne se couche jamais sur un accomplissement humain aussi glorieux. Que Dieu bénisse l’Afrique. » Cette période constitue la sixième et dernière partie de l’expo, « Homme d’Etat ».

Culte de la personne

« Nelson Mandela – From Prisoner to President » s’arrête là, le « hype » autour du personnage continue. Un « Nelson Mandela Day » sera célébré le 18 juillet sur la place de la Résistance, la rue des Boers eschoise est rebaptisée en rue Nelson Mandela. Sur la place de la Résistance, une reproduction de la cellule de Madiba a été construite. Des panneaux avec des photos sélectionnées de l’expo ont été installés dans la zone piétonne. Des t-shirts à l’effigie de Mandela façon « Che Guevara » sont en vente au musée, ainsi que des dizaines de livres sur lui et sur sa vie.

L’exposition donne une vue assez globale du personnage qu’était Mandela et sur le contexte d’un pays sous le joug de l’apartheid. Contrairement à ce que veulent faire croire certains, Mandela n’était pas que conciliateur et pacifiste. Pour atteindre son but, la libération du peuple noir d’Afrique du Sud, il était prêt à utiliser tous les moyens nécessaires. Alors qu’au début de son militantisme politique, il considérait la violence comme moyen nécessaire afin d’établir un rapport de force, plus tard, et renforcé par le mouvement de masses national et international contre l’Apartheid, il misait sur la négociation. Sans la lutte armée, l’ANC n’aurait peut-être jamais atteint cette position de force nécessaire à la négociation et, plus tard, à la conciliation. L’expo arrive à faire passer ce message en montrant Mandela de tous ses côtés.

Même si l’idée de montrer l’expo au Musée de la Résistance semble bonne, les lieux sont plutôt inappropriés : le Musée est tout simplement trop petit et semble complètement surchargé. Par moments, on se croirait dans un labyrinthe plutôt que dans un musée. Dommage pour les belles photos et les citations qui constituent l’expo.

Le culte de la personnalité qui est en train de se construire autour de Nelson Mandela risque de devenir complètement apolitique si le lien avec les luttes actuelles en Afrique du Sud et dans le monde n’est pas établi. Ainsi, l’Afrique du Sud post-apartheid est loin d’être un pays libre et démocratique. Une ségrégation sociale a pris la place de l’ancienne ségrégation raciale, la corruption est un fléau et aujourd’hui, comme dans les années 1960, des ouvriers noirs qui manifestent pour leurs droits se font tirer dessus. Tout ça n’est pas mentionné dans « Nelson Mandela – From Prisoner to President ». Tout comme le fait qu’il y a toujours dans le monde des prisonniers politiques, et ce au sein même de l’Union européenne et chez ses proches alliés. Arnaldo Otegi, porte-parole du mouvement séparatiste basque et initiateur du processus de paix qui a été entamé au Pays basque, tout comme Abdullah Öcalan, leader du mouvement kurde, lui aussi favorable à un processus de paix digne de ce nom, restent à ce jour incarcérés.

« Nelson Mandela – From Prisoner to President » est une expo qui est belle à voir et qui, certes, attirera plus de monde que le Musée de la Résistance n’en a jamais attiré : le musée, qui l’année dernière a accueilli 6.000 visiteurs, aurait commandé 50.000 tickets d’entrée pour l’expo.


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