Cours « Vie et société » : Dommage

Le nouveau cours unique, intitulé « Vie et société », continue de faire l’objet de débats entre religieux et laïcistes.

1348editoInternet« S’il reste un éternel sujet à controverse, le projet risque d’échouer. » Voilà ce que le professeur Jürgen Oelkers, chargé de diriger l’élaboration du nouveau cours « Vie et société », disait au woxx en avril (woxx 1315). Il pourrait avoir raison : aussitôt le « programme-directeur » du cours publié, tous les acteurs concernés de près ou de loin donnent l’alerte.

Trop orienté vers la religion ou pas assez, une démarche insuffisamment participative, une élaboration à la va-vite… les critiques sont aussi nombreuses et variées que les acteurs qui les formulent. Ce sont tant les associations laïques et les enseignants d’éthique que l’Église et les enseignants de religion qui critiquent cette nouvelle matière.

Pour les défenseurs de la religion, celle-ci ne serait pas assez présente dans le « programme-directeur », ou alors elle serait traitée exclusivement comme un « phénomène culturel ». Pour les laïcistes, la religion serait bien trop présente et les valeurs humanistes, pas assez. L’absence d’une « Leitdisziplin » est déplorée, tout comme celle d’une ligne directrice didactique et pédagogique.

Tout d’abord, dire que la place accordée à la religion dans le programme publié mi-novembre ne serait pas assez importante relève de la mauvaise foi. Symboles religieux, communautés religieuses, religions et modes de vie, sciences naturelles et religions, discriminations religieuses… la religion y est traitée sous tous ses aspects, à tous les âges et dans tous les contextes.

Et tant mieux : qu’on le veuille ou non, elle occupe une place importante – toujours plus importante selon certains – dans le débat public. La « sortie de la religion », ce n’est pas pour demain. Alors ne pas en parler, ce n’est certainement pas une option. Mais comment en parler ?

À travers une approche philosophique, c’est ce que prônent les laïcistes. La religion serait une manière de voir le monde comme les autres et devrait donc être traitée de la même façon. C’est à ce titre que les associations laïques réclament l’application de la « philosophie pratique », enseignée dans d’autres pays européens, comme « Leitdisziplin ».

Mais la religion se résume-t-elle à une manière de voir le monde ? Pour Max Weber, elle est « un système de réglementation de la vie » affectant le monde du travail, l’économie et les relations sociales. Alors une discipline particulière peut-elle suffire pour l’expliquer ? Probablement non – comme tous les sujets abordés par le cours « Vie et société ».

Plutôt que d’être le résultat d’un processus scientifique pluridisciplinaire, le cours unique sera le résultat d’un bras de fer entre deux lobbys.

Si la philosophie inclut bien des éléments d’autres sciences humaines et naturelles, une approche pluridisciplinaire convient certainement mieux pour expliquer la vie et la société à nos enfants. C’est d’ailleurs ce que préconise le ministre de l’Éducation, Claude Meisch.

Alors les groupes de travail ayant élaboré le cours, ce sont certainement des équipes pluridisciplinaires rassemblant philosophes, sociologues, politologues, théologiens, pédagogues et j’en passe ? Eh bien non, et le problème se trouve bien là. Les groupes de travail, bien que dirigés par le pédagogue Jürgen Oelkers, sont constitués d’enseignants d’éthique ainsi que d’enseignants de religion, accompagnés par deux experts, l’un proposé par les religieux, l’autre par les laïcistes.

Plutôt que d’être le résultat d’un processus scientifique pluridisciplinaire, le cours unique sera le résultat d’un bras de fer entre deux lobbys, celui de l’Église et celui de ses adversaires. Et plutôt que d’avoir un contenu adapté aux besoins des enfants et élaboré de façon scientifique, il contiendra un compromis entre ces deux lobbys qui, en plus, n’en sont tous les deux pas satisfaits. Sacrément dommage !


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