Les retraites en débat : Riche avenir

Une étude de la fondation Idea montre que le rendement des cotisations vieillesse luxembourgeoises est excellent. Que faut-il en déduire ?

Vivre d’amour et d’eau fraîche… pourquoi pas ? (Photo : PikiWiki – Israel / צולם ע“י צביקה שיאון / CC BY 2.5)

Payer des cotisations élevées à la caisse des pensions pour recevoir quoi en échange ? Une retraite de misère ? Les doutes sur l’efficacité du système de retraites luxembourgeois font râler de nombreux salariés et salariées. À tort, comme le montre l’étude que vient de publier le think tank Idea. Ce n’est pas la première fois que ce groupe d’économistes, proche pourtant de la Chambre de commerce, fait preuve d’indépendance d’esprit. Car les résultats ne feront pas plaisir aux banquiers et assureurs qui cherchent à vendre des contrats individuels d’assurance complémentaire.

Idea a calculé le rendement des cotisations comme s’il s’agissait d’un placement financier. Et obtient des taux moyens de l’ordre de sept pour cent par an – nettement au-dessus de ce que peuvent offrir des contrats d’assurance privés (voir aussi „Les retraites luxembourgeoises, une bonne affaire ?„). L’étude Idea, qui présente également le débat public autour du système de retraites, est livrée avec un clin d’œil : il faudra réformer le système « d’ici 2060 », l’année-horizon des scénarios catastrophes actuels.

Les calculs sur le rendement nous inspirent d’autres conclusions. Ainsi, le rendement pour les bas salaires est un point de pourcentage plus élevé que pour les hauts salaires – en chiffres absolus, les écarts de revenus restent donc énormes. Au nom de la redistribution, on pourrait réduire le montant des retraites « confortables » sans qu’il y ait injustice criante. Bien au contraire même, si l’on tient compte de l’espérance de vie plus longue des « nantis », qui donc profitent plus longtemps du « rendement » de leurs cotisations.

Les résultats d’Idea donnent-ils raison à ceux qui, dans le débat sur système de retraites luxembourgeois, crient à l’arnaque ? Le fait que les retraites semblent être une « bonne affaire » pour les générations des décennies 1930 à 1970, mais que les actifs et actives d’aujourd’hui obtiendraient des taux de rendement moins élevés peut paraître contraire au principe de justice intergénérationnelle. Pourtant, en partie, cet effet est conforme à la logique du système par répartition : quand les jeunes générations vivent dans la prospérité, les vieilles générations en profitent aussi. Cette « justice par répartition » ne garantit pas, par contre, que la génération qui paie des cotisations élevées bénéficie aussi de retraites élevées.

Reste que le rendement élevé des retraites luxembourgeoises actuelles provient aussi des surplus financiers injectés par un nombre toujours croissant de salariés et salariées. Ce phénomène s’estompera à partir du moment où la croissance économique liée à la démographie se ralentira – et alors les rendements devront diminuer. De là à parler de « mur des pensions » ou de « dette écrasant les générations futures », il y a un pas qu’on aurait tort de franchir, et qu’Idea ne franchit d’ailleurs pas.

Il faut réfléchir au-delà de la logique du rendement financier.

Plutôt que de paniquer face à une évolution qui a priori reste maîtrisable, il faut s’interroger sur le reste de l’héritage laissé aux jeunes générations : qualité de l’éducation, efficacité des infrastructures, préservation de l’environnement naturel… Plus généralement, il convient de mettre en question la notion de rendement financier.

Dans un système de retraites par répartition, en effet, on ne cotise pas en vue d’obtenir, lors de la retraite, tel ou tel rendement financier, mais plutôt la garantie d’une qualité de vie ajustée à celle du reste de la population. Cette promesse-là, le système luxembourgeois pourra sans doute la tenir, scénario de crash économique mis à part. De surcroît, à l’horizon 2060, une approche purement financière de cette promesse risque d’être dépassée par les grands changements économiques et sociaux qui s’annoncent : robotisation et digitalisation du monde du travail, mutation des besoins et des capacités des vieilles personnes, vision différente de ce qu’est l’argent, ce qu’est un salaire, ce qu’est une retraite…


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