Raúl Arévalo
 : Vengeance frisquette


« Tarde para la ira » (« La colère d’un homme patient » en version française) est le film à succès espagnol de l’année passée. Première mise en scène de l’acteur Raúl Arévalo, il mélange film noir, road movie bien machiste et critique sociale.

Parfois, l’homme en colère est un peu trop patient…

Curro n’est pas le mec le plus intelligent, ni le plus rapide et surtout pas le plus courageux. Comment expliquer autrement que lors du braquage d’une bijouterie madrilène, il ne se retrouve que dans le rôle du chauffeur ? Malheureusement pour lui, après une fuite qui tourne mal, il est le seul à se faire choper par la Guardia Civil – et à prendre huit ans de tôle, aussi pour ne pas avoir dénoncé ses complices. Mais ce braquage a laissé des traces dont il ne connaît pas – encore – l’existence. Le fils du joaillier a perdu sa fiancée, blessée mortellement lors de l’embuscade, et son père est resté dans le coma depuis ce jour. Huit ans, c’est long – en tout cas assez pour fignoler un plan de vengeance aussi efficace que vénéneux.

Si nous ignorons tout de la vidéothèque de Raúl Arévalo, on pourrait tout de même émettre le pari qu’on y retrouvera les films des frères Dardenne comme ceux de Quentin Tarantino. Les premiers à cause des plans mouvants – souvent, c’est juste le derrière de la tête qui est suivi par la caméra – qui sont issus à cent pour cent de classiques comme « Rosetta ». Une composition assez proche des films du « Dogme95 », tout en évitant l’énervement des contraintes que s’étaient auto-imposées la bande à Lars von Trier à l’époque.

Mais ce naturalisme est chassé à grands coups par le montage. Divisé en plusieurs chapitres, il n’est pas sans rappeler le découpage pratiqué par Tarantino. Surtout que les chapitres pointent directement vers le lieu ou l’action qui va suivre (« Le bar » ou « La colère »).

Mélanger naturalisme européen et hyperréalisme hollywoodien est sans doute une bonne et ambitieuse idée. Encore faut-il qu’elle réussisse. Ce qui n’est pas vraiment le cas pour « Tarde para la ira ». Si le thème de la vengeance est le fil d’Ariane du film de Raúl Arévalo, ce dernier ne l’exploite pas vraiment. José, le fils du bijoutier et personnage principal du film, reste étonnamment plat. Comme il est enveloppé dans un silence mystérieux qui n’est jamais vraiment explicité – bon, il a perdu deux de ses proches, mais quand même -, on a du mal à apprécier sa soif de vengeance, surtout qu’elle est en partie illogique et ne frappe pas toujours les bonnes personnes. En plus, si d’un côté il est capable de foudroyer violemment et de sang-froid, il ne donne jamais l’impression d’être maître de lui-même. Certes, cette dualité crée du suspense dans certaines scènes, mais devient de plus en plus fade quand le film avance.

Bref, on a l’impression que le personnage de José n’est qu’un véhicule pour le metteur en scène. Quelqu’un qui lui permet de raconter l’histoire qui se passe autour. Le film est aussi empreint de misère sociale dans les différents barrios (quartiers) de la capitale espagnole et de jeunes qui ne connaissent que la voie du crime pour s’en sortir, mais le contraste avec la caste de José n’est jamais totalement mis en avant.

D’autant plus que l’histoire de cette vengeance entre hommes – même si une femme y a joué un rôle déterminant – reste très machiste et ne remet pas en question les « codes d’honneur » ancestraux : elle essaie plutôt de les glorifier un peu plus.

En ce sens, « Tarde para la ira » est un film qui promet beaucoup mais ne sait pas vraiment tenir ses promesses. Dommage.

À l’Utopia
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