Sécurité intérieure : Ensemble pour tous ?

Rarement une semaine aura été aussi sanglante au Luxembourg que la dernière. Deux hommes sont morts et des tas de questions restent ouvertes. Au cœur de la polémique, il importe de ne pas perdre de vue quelques vérités essentielles.

(Photo : police.public.lu)

Cette fois, les agitateurs semi-professionnels de Richtung 22 sont peut-être allés un peu trop vite en besogne. En publiant sur leur page Facebook un article fictif du Code pénal précisant que « Chaque personne qui fuit les forces de l’ordre doit escompter d’être soit abattue, soit arrêtée pour homicide », ils restent certes dans la lignée du mauvais goût et de l’humour noir corrosif qui sont leur image de marque, mais ils laissent de côté toute une série de questions aussi intéressantes à poser.

D’abord la politique d’information de la police comme des autorités judiciaires. Alors que dans d’autres pays européens, ces services seraient très prompts à relayer toute information aux médias, au Luxembourg on préfère la politique de l’autruche et les renseignements ne parviennent au public qu’au compte-gouttes. Si déjà le collègue Graf de RTL s’en plaint, c’est dire. Car une telle politique d’information est génératrice de polémiques, de rumeurs et de demi-vérités. Et dans un tel maelstrom, tout le monde en tire un peu ce qu’il veut bien croire vrai.

Une telle politique d’information est génératrice de polémiques, de rumeurs et de demi-vérités.

Dans ce monde semi-obscur émerge aussi la question de la justice – non pas juridique, mais morale ou émotionnelle. Fallait-il vraiment emprisonner le chauffard qui, par sa fuite, a provoqué l’accident mortel ayant coûté la vie à un jeune policier ? Deux indices permettent de soupçonner que les forces de l’ordre tout comme le parquet sont dans un excès de zèle et ont mis de côté les bases du métier. D’abord, le récit ahurissant qui a été fait par le faux suspect arrêté dans un premier temps par la police. Pressions, humiliations devant les collègues et connaissances du village… et puis repartir sans excuses quand l’innocence du suspect est établie, ce n’est pas très fin et laisse penser que la police avait mis de côté la retenue, qui fait pourtant partie de sa déontologie naturelle, et était partie dans un trip de vengeance.

Au niveau de la justice, même son de cloche. Alors que dans l’accident qui avait coûté la vie l’année dernière au musicien Patrick Hartert, le chauffeur coupable est toujours en liberté et a même pu passer son permis qu’il n’avait pas au moment du drame, la justice a décidé d’incarcérer le chauffard de vendredi dernier. Une circonstance qui a fait supposer à la veuve du musicien qu’il s’agirait d’un deux poids deux mesures. L’avocat du chauffard emprisonné s’est aussi étalé dans les médias sur les mesures draconiennes qui ont été appliquées à son client.

(Photo : Wikimédia)

Une telle façon de procéder est toxique pour le vivre-ensemble entre la population et les forces de l’ordre. Maintenir le flou informationnel et laisser sans commentaire des décisions qui provoquent des questionnements pertinents chez les concerné-e-s et la population en général alimente les phantasmes et les préjugés sur les détenteurs de la force publique.

Que ce soit sur leur esprit de corps, qui éviterait que des policiers aident à inculper un de leurs collègues (des souvenirs désagréables de l’« affaire Maulusmillen » ou du Bommeleeër sont vite réveillés), ou sur la justice qui protégerait davantage les serviteurs de l’État que les citoyen-ne-s lambda, le jeu de cache-cache des autorités, aussi dans le cas des tirs fatals de Bonnevoie, est en train de leur retomber dessus.


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