TERRORISME: Mémoire courte

Prendre en compte les raisons des poseurs de bombe islamistes est la meilleure façon d’éviter à l’avenir de nouvelles effusions de sang. Au lieu de cela, nos gouvernements font dans la surenchère sécuritaire et répressive.

Les trompettes résonnent et la bête entre dans l’arène. Furieux et malmené, le taureau se rue tête baissée, instinctivement, vers ces drôles de créatures qu’il ne comprend pas, tant elles gigotent et l’agressent. Avec un peu de chance, il pourra encorner un de ses agresseurs shooté à la testostérone. Mais ses chances de survie sont minimes: sa seule puissance bestiale n’a que peu d’effet sur la confrérie des pantins en bas roses qui sortent de partout et de nulle part.

Depuis le 11 septembre 2001, deux attentats sanglants et fatalement efficaces ont frappé des capitales de l’Occident – Madrid et Londres. Des capitales d’Europe, la région, avec les Etats-Unis d’Amérique, la plus puissante au monde. L’indignation, le dégoût et la frayeur devant ces actes vont de soi. Mais quelle que soit la douleur, si l’on veut sincèrement éviter que cela ne se reproduise, il faut considérer les choses de manière rationnelle. Et cette rationalité est en train de se perdre dangereusement.

Pourtant, la situation conflictuelle avec une branche extrême de l’islam était prévisible. Remonter à la guerre d’Irak en 2003 ne suffit pas. Le monde arabe et musulman connaissait, après la Seconde guerre mondiale, un élan progressiste et séculaire. Des mouvements laï ques et nationaux poussaient en avant cette modernisation et savaient canaliser les aspirations sociales de larges couches de leurs sociétés. Malgré leurs traits autoritaires, ces régimes réussissaient parfois à couper l’herbe sous les pieds des islamistes. Ce processus historique a été brisé net et l’Occident si généreux et démocratique n’y a pas été étranger. Après avoir connu le colonialisme européen, les populations arabes et musulmanes ont été lâchées par nous dans leurs luttes émancipatrices.

En 2003, le traumatisme de l’occupation venue de l’ouest a refait surface avec l’invasion de l’Irak. Libérer les Irakien-ne-s d’une dictature était le moindre des soucis de Bush, Blair et Aznar. L’embêtant, c’est que nous ne sommes pas les seul-e-s à le savoir. Le passif occidental dans cette région du monde est lourd, très lourd.

Le sang qui a coulé ces dernières années dans les métropoles des grandes puissances, et qui continuera peut-être de couler, est la réponse tardive à notre propre histoire faite d’exploitation, de domination et d’alliances objectives avec l’islamisme pur et dur. Cette position de supériorité économique et politique nous a entre autres permis d’établir nos démocraties libérales et confortables. Désormais, il semble que nous devions payer une note plus que salée.

Mais le danger n’est pas qu’exogène. Les dernières détonations meurtrières ont engendré la frayeur, la paranoï a, voire la suspicion et la haine. Cela commence à miner nos régimes. Déjà, les mesures renforçant la surveillance de citoyen-ne-s et créant un embryon d’état d’urgence permanent sont en cours d’élaboration. En misant sur le tout répressif, la démocratie n’est pas défendue, au contraire.

Alors que les bobbies de Blair exécutent des innocents „suspects“, Nicolas Sarkozy déclare la „guerre“ aux islamistes. En fait, pour une certaine partie de la droite européenne, l’hystérie anti-islamiste tombe à pic: elle permet de saucissonner les libertés fondamentales et de court-circuiter les droits civiques. Ne nous y trompons pas: la classe politique européenne n’est pas, dans son ensemble, exempte de tentations antidémocratiques.

Gare à l’illusion de pouvoir lutter efficacement contre les poseurs de bombes en renforçant l’appareil répressif de nos Etats. D’une manière ou d’une autre, les mailles du filet seront toujours trop larges. C’est d’une politique de coopération réfléchie et solidaire avec le Sud dont le Nord a besoin. Et non pas de se ruer de toute force et avec le raisonnement d’un bovin vers le premier torero agitant sa cape rouge sang.


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