PAUL VERHOEVEN: Apparences trompeuses

Avec Black Book, Paul Verhoeven revisite la fin de la Seconde Guerre mondiale et démontre que les choses n’étaient pas si simples que l’on veut bien le (faire) croire aujourd’hui.

A touché le fond: la jeune Rachel Stein est témoin du dépouillement des cadavres de ses parents par des nazis.

Les films traitant de la Seconde Guerre mondiale présentent en général deux caractéristiques que l’on pourrait aussi qualifier de défauts. Premièrement, ils sont manichéens et se déroulent selon le schéma fixe: bon et héroï que résistant contre méchant et inhumain nazi. Ce qui fait qu’ils évoquent des images morales qui ne sont ni entièrement vraies ni fausses, mais qui ne correspondent pas à la réalité complexe telle qu’elle était. Et puis ces films nous font croire dans le fameux „Plus jamais ça“ qui, à l’évidence, est resté un v´u pieux.

Aujourd’hui, plus de 60 ans après ces événements, on commence à se rendre à l’évidence que les choses ne sont pas si simples et qu’il ne suffit pas d’une bonne volonté et d’une intervention armée pour changer le monde. A un moment où la liste des best-sellers est conduite par un livre détaillant les atrocités commises par les tristement célèbres Sonderkommando SS du point de vue d’un des tueurs, non repenti de surcroî t, un film comme „Black Book“ de Paul Verhoeven ne pouvait tomber mieux.

Car, loin de célébrer pour la énième fois les exploits de la résistance au nazisme ou d’ériger une stèle de plus pour commémorer l’holocauste, Verhoeven nous emmène dans les bas-fonds de l’être humain, particulièrement profonds et noirs en temps de guerre. „N’ayez confiance en personne, surtout pas maintenant! “ avertit le notaire, lorsque la jeune chanteuse Rachel Stein passe chez lui en toute vitesse, pour récupérer de l’argent que ses parents avaient déposé là, afin de pouvoir tenir les quelques mois qu’elle prévoit pour sa fuite. Et le vieux notaire a raison: la fuite ne durera que quelques heures, le bateau qui devait emmener des membres de riches familles juives en zone libre est attaqué par un bâtiment allemand et tout le monde est abattu sur le champ. Seule survivante, Rachel se rend compte que les soldats pillent les cadavres et emportent le butin: diamants, bijoux et dollars. Sauvée par des résistants, elle n’est qu’au début d’un périple au cours duquel les apparences se perdent plus vite qu’un mouchoir dans un coup de vent. Afin de sauver le fils de son sauveur à elle, Rachel, sous sa nouvelle identité de la blonde et séduisante Ellis de Vries, se sacrifie au point de coucher avec un haut-gradé SS, le Hauptgruppenführer Thomas Münze, duquel elle tombera finalement amoureuse. C’est surtout le rôle de ce dernier qui dérange: en tant que SS il est un rouage essentiel d’un système perverti et inhumain. En tant qu’homme, Münze a perdu sa famille dans les bombardements alliés et cherche à éviter le bain de sang avec les résistants, en menant des négociations secrètes, quitte à encourir la peine de mort pour haute trahison …

Avec „Black Book“, Verhoeven démontre qu’on peut encore faire des films surprenants sur la Seconde Guerre mondiale. Et ce n’est pas seulement le fait que le film a été tourné et se déroule aux Pays-Bas – le pays d’origine du réalisateur – qui le rend intéressant. Ce sont les regards sur la complexité des rapports humains en temps de guerre, l’éviction de tout manichéisme et surtout le fait que la caméra de Verhoeven ne rechigne pas à montrer les horreurs physiques aussi bien que psychologiques du conflit. Enfin, le film ne se termine pas sur des scènes de liesse des foules accueillant les libérateurs alliés. Même après que Rachel s’est constitué une nouvelle identité en Israël, l’étreinte de la guerre ne la lâche pas pour autant. Tout au contraire, le film s’achève sur une attaque aérienne contre son Kibboutz en 1947…

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„Black Book“,
à l’Utopia.


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