ISRAEL-PALESTINE: Un train peut en cacher un autre

Le départ des colons de la bande de Gaza ranime l’espoir d’un retour à la paix. Et masque la poursuite de la colonisation en Cisjordanie et la construction du mur de séparation.

La mise en scène était mélodramatique. L’armée israélienne a mis une semaine pour évacuer 8.000 colons et vider les 21 colonies de la bande de Gaza. La presse internationale a dépeint l’évacuation de Gaza comme une victoire d’Ariel Sharon et une avancée majeure pour la paix. Comme souvent, le point de vue des Palestiniens, 175 fois plus nombreux que les colons dans la bande de Gaza, a été occulté.

Pourtant, le retrait israélien est avant tout le résultat de la résistance politique et militaire palestinienne contre l’occupation. Le tribut payé par les Palestiniens et Palestiniennes est lourd. Entre septembre 2000 et novembre 2004, 1.855 personnes ont été tuées et 12.808 blessées par Tsahal dans la bande de Gaza. La modération de l’armée et de la police israéliennes face aux provocations des irréductibles parmi les colons jette une lumière crue sur le deux poids, deux mesures de la politique israélienne. Elle met en évidence le caractère disproportionné de la répression exercée contre la population palestinienne (tirs à balles réelles, „assassinats ciblés“, destruction de maisons).

„Aujourd’hui Gaza, demain Jérusalem et la Cisjordanie“ scandent les Palestiniens depuis une semaine. Le retrait israélien de la bande de Gaza masque en effet la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, où vivent déjà 242.000 Israéliens, répartis sur 160 colonies. Alors que les habitations des colons à Gaza sont évacuées, des ensembles immobiliers de dix étages sont construits dans les colonies israéliennes en Cisjordanie, reléguant les Palestiniens dans des bantoustans, sur le modèle de l’Apartheid. Durant les trois premiers mois de 2005, les activités de construction dans les colonies de Cisjordanie ont augmenté de 83 pour cent par rapport à la même période en 2004. Parallèlement, la construction du mur de séparation, condamné par l’Assemblée générale de l’ONU, progresse. Dans quelques années, il aura transformé les territoires palestiniens de Cisjordanie en prison à ciel ouvert, créant des enclaves palestiniennes isolées, empêchant la liberté de mouvement et coupant des paysans de leurs terres les plus fertiles (des experts de l’ONU craignent que la production agricole de la Cisjordanie chute de 45 pour cent à cause du mur).

Le danger majeur est aujourd’hui que l’autorité palestinienne pourra se voir contrainte de proclamer un mini-Etat palestinien sur le seul territoire de la bande de Gaza, renonçant à l’exigence d’une continuité territoriale en Cisjordanie et d’une souveraineté palestinienne sur Jérusalem-Est. Ce „worst case scenario“ renforcerait l’émergence de chefs de guerre locaux en Cisjordanie, mais permettrait aussi à la mouvance djihadiste internationale de continuer à instrumentaliser le conflit israélo-palestinien, alors qu’il s’agit, depuis 1948, d’un conflit national et non religieux.

Mais le pire n’est jamais certain. L’important est que l’espoir renaî t aujourd’hui parmi les militants et militantes de la cause palestinienne. Après des années d’une guerre d’usure de l’Etat d’Israël contre l’insurrection palestinienne, l’évacuation de Gaza apporte la première bonne nouvelle depuis longtemps. Elle va améliorer la vie quotidienne des 1,4 millions d’habitants de Gaza, faciliter les déplacements entre les villes, favoriser l’activité économique et préserver les habitants de la violence des colons. Une paix durable présupposera néanmoins la reconnaissance du droit des Palestiniens à exercer leur souveraineté aussi en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.


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