IMMIGRATION / ASTI: Tout va mieux ?

L’anniversaire de l’Asti nous rappelle que la situation des droits des étrangers s’est quelque peu améliorée. Mais en temps de crise économique, l’on peut se demander si ces progrès vont perdurer.

Trente ans déjà. Cette année, l’Association de soutien aux travailleurs immigrés, plus connue sous son acronyme « Asti », fête la troisième décennie de son existence. Comme ses responsables l’ont rappelé cette semaine, la situation de l’immigration était bien différente lors de sa fondation. En 1979, le Portugal, principale terre d’émigration vers le Luxembourg, n’était démocratique que depuis cinq ans et n’avait pas encore intégré ce que l’on appelait alors la Communauté européenne. Ces immigrés, venus de régions sous-développées par rapport au reste de l’Europe de l’Ouest, étaient alors parqués dans des baraques équipées du strict minimum. Les pouvoirs publics se souciaient peu de ces travailleurs venus de loin.

L’Asti peut à juste titre se targuer d’avoir joué un rôle de pionnier : dès ses origines, elle offrait et organisait des cours de langue luxembourgeoise dans les quartiers populaires du nord de la capitale ? détail que ses détracteurs ignorent ou choisissent d’ignorer. D’une certaine manière, l’Asti a rendu un plus grand service à la langue luxembourgeoise que les patriotes autoproclamés, nationalistes voire xénophobes. Et c’est non sans malice que son président, Serge Kollwelter, s’est satisfait que le gouvernement ait enfin mis en place le congé linguistique, avec 30 ans de retard sur les recommandations de l’Asti.

Depuis la création de l’Asti, beaucoup de choses ont changé. Le Portugal a intégré l’UE et s’est fortement modernisé, et au Luxembourg, la part d’étrangers a doublé. Le nombre de frontaliers a également explosé, passant de 12.000 en 1979 à 142.000 de nos jours. La législation luxembourgeoise a elle aussi tièdement pris acte de cette évolution. Un certain nombre de revendications historiques de l’Asti, mais également d’autres associations solidaires avec la population immigrée, ont été partiellement réalisées. Par exemple le droit de vote des non Luxembourgeois aux chambres professionnelles. Mais également leur droit de vote au niveau des élections européennes et communales. Encore faut-il souligner que nombre de ces réformes n’auraient probablement pas vu le jour sans la pression des instances européennes.

Le droit de vote au niveau communal en est un exemple caractéristique : si les citoyens de l’UE peuvent y participer de manière active, en votant et même passive, en se présentant, seules la fonction de conseiller communal leur est ouverte. La loi ne leur permet toujours pas de revêtir les fonctions « exécutives », à savoir bourgmestre ou échevin, même quand cela correspond au souhait démocratique des électeurs de la commune, ce qui a déjà été le cas. Pourtant, le traité de Maastricht prévoit cette ouverture, mais le Luxembourg souhaite conserver la dérogation obtenue à l’époque.

Même si certaines choses ont évolué pour le mieux, il convient néanmoins de savoir vers où se meut la conscience collective au sujet des enjeux de l’immigration et des frontaliers. Car si d’un côté les plus jeunes générations de Luxembourgeois ont en grande partie assimilé le fait que leur pays est une terre d’immigration, d’autres tendances plus inquiétantes voient le jour. Si l’ADR a choisi de faire de la surenchère sur les questions identitaires, ce n’est pas pour rien. L’initiative du « Roude Léiw », quoi qu’en disent ses auteurs et les sondages qu’ils avaient commandés, constitue une opération censée flatter une population sensible à la question de l’identité nationale. L’angoisse injustifiée de voir disparaître la langue luxembourgeoise et l’hystérie linguistique cristallisée lors des débats sur l’acquisition de la nationalité sont des éléments supplémentaires du repli identitaire d’une partie de la population. Finalement, les diverses initiatives hostiles au « danger » que représenteraient les frontaliers traduisent au mieux la peur de ces étrangers qui viendraient nous « voler » nos emplois tout en dégradant notre environnement. Le pire, c’est que ces tendances exercent une réelle influence sur les partis gouvernementaux. Ce phénomène n’est pas exclusivement luxembourgeois : en France, la lepénisation des esprits s’est installée à l’Elysée et l’Italie retombe lentement vers une époque que l’on croyait révolue. Avec la crise financière qui n’en est qu’à ses débuts, espérons que les efforts fournis par l’Asti pendant 30 ans n’auront pas été vains.


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