FESTIVAL DE CANNES: « Je ne suis pas fier, je suis heureux »

Avec ces mots le lauréat 2009, Michael Haneke, a pris possession de sa Palme d’or. Pourtant, vu la concurrence, il aurait droit à un peu de fierté aussi.

A obtenu les grâces d’Isabelle Huppert : Micheal Haneke et sa Palme d’or.

La particularité de la 62ème édition du Festival de Cannes est d’avoir relégué au rang de figurant le cinéma américain. Seul Quentin Tarantino, avec une distribution internationale, a défendu les couleurs du pays au drapeau étoilé avec le très apprécié « Inglourious Basterds » où Brad Pitt donne la réplique à Mélanie Laurent, Brigitte Krüger et Christoph Waltz qui, sans aucune difficulté, a décroché le prix du meilleur acteur.

Avec l’actrice française Isabelle Huppert comme présidente du jury, on se doutait que le palmarès allait être peu conventionnel pour ne pas dire provoquant. Provoquant, c’est d’ailleurs le qualificatif utilisé contre le film de Lars Von Trier « Antichrist » qui, pourtant, montre le réalisateur danois au sommet de son art, offrant par la même occasion le prix de la meilleure actrice à Charlotte Gainsbourg.

Si l’ensemble des films présentés n’ont pas décroché de véritable coup de coeur, on ne peut pas renier que « Un Prophète » de Jacques Audiard, « Le Ruban Blanc » de Michael Haneke et « Inglourious Basterds » de Quentin Tarantino constituaient le trio de tête susceptible de décrocher la récompense suprême avec, en outsider « Antichrist. »

En couronnant « Le Ruban Blanc » dont l’action se situe à l’aube de la première guerre mondiale et qui dénonce la rudesse de l’éducation qui sera à la base de la barbarie nazie, Isabelle Huppert a peut-être osé faire ce que les autres présidents n’ont jamais réussi : couronner un ami plutôt que son oeuvre. C’est un peu l’idée qui a circulé sur la Croisette, surtout auprès de la presse française qui aurait bien aimé que la Palme d’or reste dans l’Hexagone. Il est vrai que « Un Prophète » de Jacques Audiard, dont l’action se situe dans le monde carcéral, possède tous les ingrédients d’une belle Palme, au niveau de l’interprétation mais aussi du point de vue financier car cette oeuvre est bien plus commerciale que celle de « Le Ruban Blanc ». Michael Haneke a gagné la Palme d’or, Jacques Audiard – Grand Prix du Jury – sera certainement le grand vainqueur du box-office.

Un peu comme si Madame la Présidente, dont le mot d’ordre lors de la conférence de presse d’après palmarès semblait être « langue de bois obligatoire », avait souhaité noyer le poisson, elle n’a oublié personne dans son palmarès modèle. Alain Resnais obtient un prix pour l’ensemble de son oeuvre, la Corée se voit attribuer ex-aequo, avec la réalisatrice Andrea Arnold pour « Fish Tank », le Prix du jury à travers Park Chan Wook qui a ensanglanté la Croisette avec « Thirst : ceci est mon sang. »

Beaucoup plus cinéphile qu’on ne le pense, l’ensemble du jury n’est pas passé à côté de la qualité exceptionnelle de la mise en scène de Brillante Mendoza pour son très noir, très violent et très controversé « Kinatay » dont l’histoire, inspirée de faits réels, est celle d’un jeune étudiant en criminologie le jour et membre d’un gang, à Manille, la nuit. Un jour, le chef de gang l’appelle pour qu’il participe au meurtre horrible d’une prostituée. Durant toute cette « mission », il se demandera s’il doit intervenir en faveur de la pauvre femme ou à l’inverse, ne rien dire, ne rien faire pour se protéger ainsi que sa famille.

En revanche, le prix du scénario pour « Nuits d’ivresse printanière » du chinois Lou Ye est considéré comme un faux pas de la part du jury qui a semblé être allergique à l’humour. En effet, Ken Loach et Eric Cantona dans « Looking for Eric » ainsi que Ang Lee avec « Taking Woodstock » ont été tout simplement oubliés. Pedro Almodovar a subi le même sort, mais c’est normal car son « Etreintes brisées » est de loin son moins bon film.


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