PEDRO ALMODÓVAR: Les étreintes ennuyantes

Le dernier Almódovar n’est pas à la hauteur de son oeuvre précédente – le grand seigneur du cinéma espagnol semble en panne d’idées neuves.

Tout comme le spectateur, ils ont l’air de s’ennuyer ferme…

« Los abrazos rotos » raconte l’histoire d’un homme qui, après avoir subi un tragique accident qui chamboule toute sa vie, choisit l’amnésie pour faire face à l’avenir. On retrouve dans ce film tous les ingrédients habituels des scénarios d’Almodóvar: amour, passion, jalousie, crises d’identité sexuelle, mensonges et secrets de famille. Mais, cette fois-ci, la sauce ne prend pas.

Pourtant, le début du film semble prometteur. La première scène se passe dans le salon d’un petit appartement à Madrid. Une jeune femme lit le journal à un aveugle. On devine que les deux personnes viennent tout juste de se rencontrer. Et on comprend assez rapidement que l’homme ne s’intéresse pas vraiment à l’actualité locale – il invite donc la fille à lui donner une description détaillée de son physique, en commençant par ses mensurations. Evidemment, quelques instants plus tard ils se retrouvent sur le canapé en pleins ébats amoureux. L’homme, c’est Harry Caine. Caine est écrivain et malgré sa cécité, il semble mener une vie très épanouie, entre ses petites aventures coquines, la dévotion fidèle et quelque peu malsaine de son amie de longue date, Judit, et ses travaux littéraires, passion qu’il partage avec Diego, le fils de Judit. Toutefois, ce semblant d’idylle se trouve subitement menacée par l’apparition d’un jeune homme, qui oblige les protagonistes à se réconcilier avec leur passé.

A raison de multiples flashbacks, pour le moins déroutants, qui nous ramènent 14 ans en arrière, Almódovar tente de nous fournir les éléments nécessaires à la compréhension des personnages et des liens qu’ils entretiennent. On apprend qu’à cette époque, Caine, s’appelait Mateo
Blanco et était réalisateur de cinéma. Dans un accident il perd à la fois la vue, la femme de sa vie et son identité et choisit dès lors de vivre dans le déni. Malheureusement, ces voyages répétés dans le temps empêchent le spectateur de bien cerner les personnages et la trame du film apparaît tellement décousue qu’on se perd en chemin. Une fois que le mystère de l’accident est révélé, le film se traîne péniblement vers la scène finale, où tout le monde vide enfin son sac, le tout baignant dans un pathos insupportable.

Avec ce film, Almodóvar tente également de nous faire partager sa passion pour le cinéma. En effet, les allusions cinématographiques ne manquent pas, et on peut suivre en coulisses une partie du processus de réalisation du dernier film de Mateo Blanco. On apprend ainsi comment détruire un film en choisissant les mauvaises prises au montage. Inévitablement, on est obligé à supposer que le manque de justesse récurrent des acteurs dans « Los abrazos rotos », ainsi que le choix de certaines scènes complètement superflues, est intentionnel, mais cette démarche très risquée du réalisateur est loin d’être convaincante et on reste dans l’incompréhension totale devant cet auto-sabotage.

« Los abrazos rotos » est très loin de l’originalité de l’excellent « Hable con ella » et on déplore que le cinéaste nous serve un énième mélodrame passionnel. On a l’impression qu’Almodóvar s’est un peu trop confortablement installé dans ce style de scénario, qui d’un film à l’autre devient franchement lassant. Finalement, pour les courageux qui comptent rester jusqu’au bout, il reste la qualité visuelle du film, la brochette d’acteurs (en particulier Penélope Cruz, Blanca Portillo, Lola Dueñas et Tamar Novas), les très jolies images tournées à Lanzarote et les quelques scènes comiques qui apportent un peu de légèreté à ce film majoritairement très indigeste.

« Los abrazos rotos », à l’Utopia.


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