GRAND-DUCHÉ EN GUERRE: Surréaliste, ruineux, meurtrier

Si tu veux la paix, prépare la guerre. Actuellement, le Luxembourg, dans la droite ligne tracée par l’Union européenne, applique ce dicton imbécile.

Un radeau et un canot pneumatique sur les rives de l’Alzette, afin de manifester contre la participation de l’armée luxembourgeoise à l’opération Atalanta – les « Jonk Lénk » en ont rajouté. En effet, l’armée luxembourgeoise n’a rien à contribuer à l’intervention européenne dirigée contre les pirates somaliens : ni la moindre frêle embarcation, ni des troupes adaptées à ce type de mission. Pourtant, selon des déclarations officielles, le Luxembourg participerait « de façon active aux réunions de préparation et de mise en ?uvre de l’opération militaire de l’Union européenne ».

Pourquoi cet intérêt pour la lointaine Corne de l’Afrique ? C’est que le Luxembourg y a des intérêts – quelque 150 navires marchands navigueraient actuellement sous pavillon luxembourgeois. D’où l’intérêt de bénéficier de la protection mise en oeuvre par l’Union – en faisant appel, une fois de plus, au chéquier plutôt qu’au fusil d’assaut. En dénonçant la « participation de l’armée », les « Jonk Lénk » vont un peu vite en besogne, mais les interrogations qu’ils soulèvent sont pertinentes : ne faudrait-il pas plutôt s’attaquer aux causes de la piraterie, c’est-à-dire à la spirale de paupérisation et de violence dans laquelle est engagée la Somalie ?

Cependant, l’argent jeté par le hublot pour protéger la « flotte marchande luxembourgeoise » est peu de chose comparé aux frais occasionnés par les futures « forces aériennes grand-ducale ». En effet, l’avion de transport militaire A400M, dont le Luxembourg devait acquérir un exemplaire pour quelque cent millions d’euros, risque de revenir un tiers plus cher. A cause des retards et des frais supplémentaires, certains pays impliqués dans ce projet européen avaient envisagé de se retirer, mais finalement une solution a été trouvée avec le constructeur EADS … aux frais des contribuables européens.

Tout cet argent dépensé servira bien à quelque chose ? Il est permis d’en douter. Certes, le Luxembourg a participé à des opérations de stabilisation réussies, comme celle en Macédoine. Mais le bilan des opérations au Kosovo et au Congo est déjà plus mitigé : dans ces Etats, les divisions politiques sont profondes et la démocratie et l’Etat de droit restent embryonnaires. Quant à l’engagement du Luxembourg en Afghanistan, la deuxième plus importante mission en cours, il est de plus en plus difficile de le justifier politiquement et moralement.

Déjà, la France et l’Allemagne ont vu revenir certains de leurs soldats dans un cercueil, et la Belgique y a échappé de peu. Il est vrai que les Luxembourgeois et la plupart des Belges sont affectés à la protection de l’aéroport de Kaboul, un peu à l’abri. Mais le magazine spécialisé Raids, dans un reportage sur les forces belges, signale toute une série de tentatives d’attaques contre l’aéroport, notamment des tirs de roquettes et une charge explosive télécommandée. Ce n’est donc pas seulement d’ennui que les soldats luxembourgeois risquent de mourir là-bas.

Le magazine en question, qui est pourtant tout le contraire d’un bulletin pacifiste, rapproche aussi la situation en Afghanistan à celle de la guerre du Vietnam, avec « un gouvernement sans soutien dans la population » et « des armées étrangères partiellement discréditées ». Il est vrai qu’en huit ans d’occupation, les forces internationales n’ont pas su améliorer la situation de la population, et que les nouvelles offensives prévues contre les Talibans afghans et pakistanais risquent d’être particulièrement meurtrières pour les civils. Dans cette guerre, il n’y a que des « mauvais côtés », et, face au danger, les Luxembourgeois ne pourront pas se consoler de se sacrifier pour la bonne cause.


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