ENSEIGNEMENT: Chi va piano va lontano

Le manque de moyens humains, la précipitation et les dérives bureaucratiques sont autant de points faibles d’une réforme scolaire pourtant séduisante.

C’est trop rare pour ne pas être mentionné. A l’exception de l’ADR, le principe même des réformes engagées par un-e ministre de l’éducation nationale n’est que très peu mis en cause. Et il est de notoriété publique que ce portefeuille n’est pas une sinécure. Entre ses milliers d‘ « employé-e-s », les divers syndicats, les parents d’élèves, sans oublier les élèves eux-mêmes, les intérêts contradictoires peuvent produire de singuliers cocktails explosifs. De plus, l’ancienne ministre Erna Hennicot-Schoeppges (CSV) s’est fendue, il y a peu, sur les ondes de Radio RTL, d’un hommage à l’actuelle locatrice de la rue Aldringen, sans toutefois oublier d’égratigner au passage celle qui lui avait directement succédé, la libérale Anne Brasseur.

Il faut dire que la politique menée dans ce domaine par le DP entre 1999 et 2004 n’a pas été couronnée de succès. Le « back to basics » s’alignait sur la vague réactionnaire alors à la mode dans certains milieux de l’enseignement prompts à dénoncer les « pédagogismes » et « l’esprit soixante-huitard » qui mèneraient ni plus ni moins au déclin de la civilisation occidentale. Le conservatisme de Brasseur avait même réussi à frustrer bon nombre de ses collègues de parti. Jusqu’à ce que lui soit ôté, lors du retour du DP sur les bancs de l’opposition, le dossier de l’éducation, repris en main par l’ancien secrétaire d’Etat Eugène Berger.

Lors d’une conférence de presse cette semaine, il a affirmé que son parti soutenait aussi bien l’orientation pédagogique de Delvaux que le nouveau système d’évaluation. Il lui concède même de l’enthousiasme à la tâche, avant de retourner cette vertu en péché : trop d’enthousiasme et la volonté d’afficher trop rapidement des résultats auraient conduit à un chaos organisationnel. Pire, la « réforme du siècle » pédalerait dans la semoule.

Le son de cloche est similaire côté syndical. Dans l’éditorial du journal du SEW (OGBL), la présidente Monique Adam l’affirme : « Nous savons tous qu’une réforme était nécessaire ». Mais quant au fond, et surtout à la manière dont les réformes sont exécutées, la syndicaliste n’y va pas de main morte : dès le début de son article, elle déplore que « le moral dans les écoles est au plus bas. Entre le casse-tête de l’élaboration d’une organisation scolaire qui rentre dans les chiffres du contingent, les concertations, les évaluations et les troisièmes rencontres avec les parents d’élèves pour l’explication des bilans, les calendriers des enseignants sont archi pleins et les élèves qui se voient confrontés à des enseignants stressés en profitent pour imposer leurs caprices. »

Certains objecteront, face à ces critiques, qu’aussi bien un parti d’opposition qu’un syndicat est dans son rôle respectif lorsqu’il critique le gouvernement pour le premier ou défend les intérêts de ses affilié-e-s pour le second. Dans les colonnes de ce journal, nous avons toujours tenté d’accompagner avec une certaine bonne foi, tout en restant critiques, des réformes qui nous paraissaient intéressantes. Tout comme nous n’avons jamais été insensibles aux revendications légitimes des syndicats – constitués d’enseignant-e-s particulièrement engagé-e-s qui aiment et connaissent leur métier – qui, pour certains, notamment le SEW, défendent des positions plus nuancées que certains ne veulent le croire.

Mais nous discutons également avec les concerné-e-s. Des enseignant-e-s, plus ou moins expérimenté-e-s et ouvert-e-s aux réformes pédagogiques. Et le constat est le même : stress, fatigue, surcharge, et souvent un restant d’enthousiasme entretenu par la méthode Coué. Les réformes ne pourront jamais contenter l’ensemble des acteurs de l’éducation nationale. Mais pour les mener à bien, dans un domaine aussi important, la ministre Delvaux, dont nous reconnaissons la sincère volonté de faire bouger les choses, serait bien conseillée d’écouter les revendications venant de la base. Cela coûtera plus cher en argent (augmentation des moyens) et en temps, mais cela évitera le burnout d’une partie de cette importante et difficile profession.


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