EXPOSITION COLLECTIVE: Ode au coït

Sous le titre « Hot Summer », la galerie Toxic invite à méditer sur une seule chose : le coït sous toute ses formes. Il semble bien que ni la proximité du palais grand-ducal, de la Chambre des députés, ni même celle de la très sainte cathédrale de Luxembourg-Ville aient eu une influence sur les curateurs de cette joyeuse petite exposition. Seulement une pancarte sur la porte d’entrée indique que « certaines oeuvres pourraient choquer le jeune public ». Mais on se demande laquelle ne pourrait pas choquer un jeune ou vieux bigot dès qu’on évoque la chose la plus naturelle du monde. Car une chose est sûre : les oeuvres exposées sont certes explicites, mais aucune d’entre elles n’est vraiment vulgaire, voire bassement pornographique.

En pénétrant dans la galerie, ce sont les photos grand format de Laurent Benaïm qui attirent directement les regards. Ses clichés en noir et blanc mettent en scène une partouze entre une femme et deux hommes. Sans fausse pudibonderie, les appareils génitaux apparaissent sur les photos comme partie intégrante du paysage. Ce qui ne veut pas dire que ces derniers soient toujours au centre des compositions, mais ils y appartiennent dans un contexte que l’on décrira au meilleur des cas avec le vocable préféré d’une certaine droite française : décomplexé. Une sculpture anonyme, qui se compose d’une petite figurine de manga aux prises avec un appareillage muni d’une loupe, se veut peut-être plus politique : ici, c’est le voyeurisme qui est mis en scène de façon non détournée.

Mais l’humour et le rire ne sont jamais loin non plus dès qu’il s’agit de sexe. Ainsi, les tableaux de Stu Mead qui revisite en version pervertie l’histoire de Blanche-Neige et des sept nains, ou encore des scènes bucoliques avec deux jeunes filles devant une cheminée en compagnie d’un ourson en peluche pas vraiment comme les autres. L’art vidéo fait aussi partie du lot, avec le travail Safe sex de Pascal Bernier. Ici, une femme et un homme manient chacun un vagin en plastique, respectivement un gode, pour imiter un coït. Référence faite à la mortification de la vie sexuelle à l’époque du Sida et du backlash conservateur qui frappent nos moeurs.

L’artiste la plus connue – du public luxembourgeois du moins – est Nathalie Pirotte. Ses femmes-lapins érotisées sont à la fois écoeurants et attirants. Peut-être que l’artiste voulait faire référence aux célèbres « bunnies » du magazine Playboy en peignant ces femmes sans visage mais bien formées, qui portent des têtes de rongeurs aux regards vides.

Autre peintre, autre style : celui de Francis Marshall. Ici, la technique est carrément empruntée au douanier Rousseau, dans un style naïf avec des couleurs bien aplaties. Mais contrairement à son célèbre collègue, Marshall ne peint pas des paysages exotiques, mais des oeuvres érotico-politiques. Comme « Surveillance de la croissance », où l’on voit le bas d’un corps de femme, les jambes écartées, se faire scruter par deux mains d’hommes.

Finalement, pour une exposition qui n’aurait sûrement pas été illustrée par le Wort, « Hot Summer » montre des réflexions contemporaines sur le sexe – ce qui est rare. Ce qui est dommage par contre, est le fait de s’être limité à une représentation quasi uniquement hétérosexuelle de la sexualité. Car, s’il existe un « art homosexuel » à part, mais il serait souhaitable que sa ghettoïsation disparaisse pour de bon dans toute autre forme d’art qui s’intéresse à l’amour physique. Occasion ratée donc de ce côté là, mais pourtant, l’exposition vaut le coup.

A la galerie Toxic, Luxembourg,
jusqu’au 28 août.


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