ÉLÈVES ET RÉFORME SCOLAIRE: Trois avis plus un

Entre esprit critique et conservatisme structurel, les avis des élèves sont à l’image de la société.

Une position commune et trois avis séparés. C’est ce qui est ressorti de la procédure de consultation initiée par le « AK Reform 2011 ». Petit retour en arrière : ce « comité d’action » regroupe en fait la Conférence nationale des élèves (CNEL), le parlement des jeunes (JP) et l’Union nationale des étudiant-e-s du Luxembourg (Unel), le tout supporté logistiquement par la Conférence générale de la jeunesse luxembourgeoise et du Centre Information Jeunes.

Si la plateforme a pu publier un avis commun, les trois organisations qui la composent n’en sont pas en désaccord sur quelques points. D’où la présentation d’avis séparés. C’est notamment le cas sur des questions qui cristallisent des problèmes fondamentaux, comme la promotion automatique depuis la classe de 7e vers la 6e que le ministère propose.

C’est probablement l’Unel qui présente l’avis le plus tranché. Il n’est guère étonnant que l’organisation estudiantine issue d’une longue tradition progressiste se montre très sceptique quant aux vertus du redoublement. Ainsi s’appuie-t-elle dans son avis sur les travaux du pédagogue néo-zélandais John Hattie, spécialiste des indicateurs de performances des élèves. A ses yeux, les conséquences du redoublement seraient profondément négatives menant notamment vers le décrochage scolaire. Malgré cette critique, l’Unel ne soutient pas pour autant aveuglément la simple promotion automatique, mais propose une vision d’ensemble plus globale comprenant un système de modules, dans le but de proposer un enseignement différencié et un « développement individuel de l’étudiant ».

Quant à la CNEL et JP, ils s’opposent à l’idée de promotion automatique. Ainsi, la CNEL estime qu’« une telle mesure ne convient pas aux besoins de l’élève, elle représentera une aggravation des problèmes en classe de 6e respectivement de 8e ». Pour autant, la CNEL reconnaît le caractère problématique du redoublement dont notamment « l’échec de ces élèves dans des matières déjà réussies l’année précédente ». Mais la CNEL ne va pas aussi loin pour remettre en cause le mode d’enseignement et préfère faire appel au « tuteur » comme soutien de l’élève qui a redoublé. Quant au JP, il occupe en quelque sorte une position intermédiaire. Il propose de s’inspirer du modèle modulaire finlandais, le redoublement ne devant intervenir qu’en « cas extrême », si l’élève aurait par exemple échoué dans plus de trois matières.

L’autre sujet de discorde concerne l’évaluation, voire la notation des compétences. Sur ce point, la CNEL s’y montre assez hostile, estimant que « l’accent de notre éducation doit rester sur la transmission de savoir (sic) » et en déduit que l’évaluation des devoirs en classe devrait primer sur les résultats dans les domaines de compétences. Le « parallélisme » entre les deux natures d’évaluation serait « déconcertant et contreproductif ». Même son de cloche du côté du JP qui plaide en faveur d’une « voie médiane » entre le système à points et celui basé sur les compétences. Au même titre que la CNEL, le JP estime que les points doivent primer et propose ainsi une pondération de deux tiers contre un tiers. A nouveau, c’est de l’Unel qu’émane l’analyse la plus fondamentale. Affirmant que « des compétences mesurables et dont l’enseignement est orienté sur le principe du contrôle ne peuvent être l’objectif de la formation scolaire », elle plaide pour une « évaluation individuelle » qu’elle oppose à l’actuelle « notation bureaucratisante ». Et d’y ajouter la revendication de moyens suffisants pour remédier aux faiblesses des élèves, ainsi que davantage de cours d’appui et d’heures de rattrapage gratuits. Et tant qu’à parler d’évaluation des élèves : l’Unel aimerait que l’évaluation ne soit pas « à sens unique » et propose que les élèves puissent également donner leur avis sur l’enseignement. Et si ces avis sont tous aussi constructifs, le système ne pourra qu’y gagner…


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