AGIR CONTRE L’OUBLI: Voyage Ă  Natzweiler

von | 04.10.2002

Le woxx a Ă©tĂ© en excursion avec une classe de l’AthĂ©nĂ©e dans le camp de concentration nazi de Natzweiler. L’occasion de se pencher sur l’enseignement de cette histoire rĂ©cente auprès des jeunes d’aujourd’hui.

BarbelĂ© et mĂ©morial: le camp de Natzweiler dĂ©nonce aujourd’hui les horreurs qui s’y sont passĂ©es jadis.

(photos: Germain Kerschen)

Une petite brochure de l’Amicale luxembourgeoise Natzweiler-Struthof informe: „45.000 personnes ont Ă©tĂ© privĂ©es de libertĂ© et de tout droit, elles ont Ă©tĂ© humiliĂ©es et torturĂ©es, tracassĂ©es et battues, elles ont souffert de la faim et de la soif, du froid et de la chaleur, de blessures corporelles et morales. 12.000 Ă  15.000 personnes ont succombĂ© aux tortures et privations, elles ont Ă©tĂ© assassinĂ©es, abattues ou exĂ©cutĂ©es sans jugement valable. 87 personnes ont Ă©tĂ© assassinĂ©es par le gaz. Des centaines de personnes ont fait l’objet d’expĂ©riences mĂ©dicales, au gaz et aux injections, avec des sĂ©quelles graves et de longue durĂ©e, voire mĂŞme permanentes. Souvent ces expĂ©riences Ă©taient mortelles.“

L’ancien camp de concentration de Natzweiler se trouve Ă  environ 200 kilomètres de la frontière luxembourgeoise et fait partie de notre histoire rĂ©cente, qu’il s’agit de bien transmettre pour Ă©viter au maximum la renaissance de thĂ©ories nazies chez les gĂ©nĂ©rations futures.

„Les jeunes d’aujourd’hui possèdent un certain ‚background‘ concernant cette pĂ©riode historique. Mais je comparerai celui-ci Ă  des nĂ©buleuses par-ci, par-lĂ , qu’il s’agit de focaliser.“ C’est ainsi que le professeur Steve Kayser dĂ©crit son travail avec des lycĂ©ens et lycĂ©ennes, autour de l’histoire horrible des camps de concentration allemands de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui a notamment abouti en l’Ă©laboration d’une exposition ambulante „contre l’oubli“, fruit du travail – souvent volontaire – de ses Ă©lèves. Un projet qui vient d’ailleurs d’ĂŞtre dotĂ© cette semaine du „Prix RenĂ© Oppenheimer“. Steve Kayser poursuit: „Dans ce chapitre historique, les tĂ©moignages directs sont de la plus grande importance. Il faut faire profiter les jeunes de cette possibilitĂ©, tant qu’elle sera encore donnĂ©e.“

Lors de cette excursion-ci, le tĂ©moin direct qui accompagne les classes de l’AthenĂ©e Ă  Natzweiler s’appelle Ernest Gillen. Il est parmi les 313 rescapĂ©s d’un total de 401 Luxembourgeois dĂ©tenus dans ce camp de concentration. 28 sont actuellement encore en vie. C’Ă©tait un ami de Raymond Petit, fondateur du mouvement de rĂ©sistance estudiantin LPL (Letzebuerger Patrioteliga). „DĂ©jĂ  avant la guerre, bien qu’on Ă©tait encore jeune, on s’intĂ©ressait Ă  la thĂ©matique nazie. A l’Ă©poque, j’Ă©tais Ă©lève au LycĂ©e d’Echternach et on passait rĂ©gulièrement près de la frontière avec les Allemands. On avait donc aussi un contact visuel, on les voyait faire leurs exercices, hisser leurs drapeaux, etc., de l’autre cĂ´tĂ©. La tĂ©lĂ©vision n’existait pas encore. Quelqu’un de la ville pouvait bien Ă©couter la radio, mais nous, on avait aussi une image Ă  mettre sur l’information de la guerre imminente. On a mĂŞme vĂ©cu cette ‚avant-guerre‘ de septembre 1939 jusqu’en mai 1940. Tellement proches de ces Ă©vĂ©nements, on en discutait Ă©videmment et on prenait position.“ C’est aussi au LycĂ©e d’Echternach qu’il fait la connaissance de Raymond Petit et dĂ©cide finalement de devenir membre actif de la LPL.

Une activitĂ© qu’il n’arrivera pas Ă  garder secrète aux yeux de l’occupant et de ses dĂ©nonciateurs. Dans son histoire d’emprisonnements, Natzweiler n’est qu’une Ă©tape, mais pas la moindre.

Ernest Gillen est actuellement prĂ©sident du „ComitĂ© directeur du Souvenir de la RĂ©sistance“ et transmet, durant cette excursion-ci, son tĂ©moignage Ă  des Ă©lèves de l’AthĂ©nĂ©e de Luxembourg. Les Ă©lèves Ă©coutent avec attention, mais attendent de se retrouver un peu Ă  part pour poser des questions Ă  Ernest Gillen, ou alors parler entre eux de l’histoire cruelle dont ce camp, (trop?) bien entretenu, est une preuve.

Le camp de concentration Natzweiler-Struthof était exploité de mai 1941 à septembre 1944. Il avait été installé comme camp de travail pour gagner, avant tout, des matériaux de construction de la carrière avoisinante.

C’est lĂ  une information historique qui n’intĂ©resse pas principalement les jeunes en excursion avec leur professeur. Selon Steve Kayser, les Ă©lèves s’intĂ©resseraient avant tout au cĂ´tĂ© humain. L’une des questions les plus souvent posĂ©es Ă  Ernest Gillen: „Comment avez vous pu survivre aussi longtemps?“ Ce Ă  quoi il rĂ©pond habituellement: „Tout d’abord, tout le monde n’a pas subi les traitements les plus horribles „(dont Ă©taient, par exemple, victimes les dĂ©tenus NN – „Nacht und Nebel“ -, dĂ©signĂ©s Ă  ne survivre en aucun cas leur dĂ©tention)“. Il n’y a pas de doute que c’Ă©tait difficile, et que certaines des personnes qui ont survĂ©cu Ă©taient, par moments, Ă  deux doigts de mourir. Parfois les chances de survie Ă©taient tellement minimes que certains ont perdu le courage. Mais la plupart Ă©taient capables de le garder, car on savait que, quand quelqu’un abandonnait tout espoir, c’Ă©tait fini pour lui.“

Ernest Gillen continue: „Les Luxembourgeois Ă©taient pratiquement tous des dĂ©tenus pour raisons politiques. Ils Ă©taient prisonniers Ă  cause d’un idĂ©al pour lequel ils s’Ă©taient engagĂ©s. Bien sĂ»r, j’ai parlĂ© dernièrement Ă  quelqu’un qui avait Ă©tĂ© fait prisonnier parce qu’il avait chantĂ©, en groupe, des chansons luxembourgeoises durant un mariage. Les personnes arrĂŞtĂ©es lĂ  ont dĂ» se dire qu’elles avaient Ă©tĂ© stupides de chanter ainsi, sans penser aux consĂ©quences. D’habitude, de telles dĂ©tentions ne duraient d’ailleurs que quelques semaines. Mais la plupart d’entre nous Ă©tait dans ce camp de concentration Ă  cause de notre engagement. Et on s’Ă©tait investis tout en connaissant les dangers que nous encourions ainsi. C’Ă©tait lĂ  un gros soutien moral, d’ĂŞtre dans cette situation pour avoir dĂ©fendu une cause aussi juste.“

L’excursion se termine par une visite du musĂ©e amĂ©nagĂ© dans le camp. Tout le monde peut terminer la visite Ă  sa vitesse personnelle. C’est maintenant que les jeunes posent le plus de questions Ă  Ernest Gillen. D’autres attendent dĂ©jĂ  dehors, prĂŞts Ă  partir. On les entend discuter de la mort …

Une fois dans le bus, sur la route du retour, les Ă©lèves se mettent soudain Ă  chanter. Un retour Ă  la normale trop rapide, voire blessant pour un ancien dĂ©tenu comme Ernest Gillen? „En fait, cela ne me fait pas grand-chose. Je pense toujours que ce n’est lĂ  qu’un court instant dans la vie d’un adolescent et que le fait qu’il s’y intĂ©resse est dĂ©jĂ  très important. De revenir Ă  la normale par après est assez comprĂ©hensible. MĂŞme nous, les anciens, on ne peut pas faire le deuil sur notre sort toute notre vie. Je ne peux pas y penser chaque jour, je n’y arrive pas.“

Tout de mĂŞme, c’est lĂ  un sujet qu’il faut bien prĂ©parer avec les classes en question et dont un suivi est Ă©galement souhaitable. Les meilleures expĂ©riences que Ernest Gillen a vĂ©cues, Ă©taient avec des groupes qui restaient sur place pendant au moins deux jours. „Pouvoir encore discuter après une telle visite donne, Ă  mon avis, les meilleurs rĂ©sultats. Mais le système luxembourgeois ne le permet que rarement. La plupart des visites se font en fin d’annĂ©e scolaire. Les professeurs ont eu du mal Ă  trouver une date adĂ©quate et il ne reste plus de temps par après. Discuter tout de suite après la visite n’est pas une bonne solution puisque tout le monde – moi en premier, vu mon âge – est Ă©puisĂ© par cette journĂ©e. Personnellement, j’ai le plus de satisfaction avec les groupes des professeurs allemands qui me demandent de les guider Ă  Natzweiler. Ils font leur visite en une matinĂ©e avec des possibilitĂ©s de relaxer par après. Mais ils restent dans l’Auberge de Jeunesse de la rĂ©gion. Et puis, le soir, on organise une discussion. Et ces soirĂ©es, dont la participation est volontaire, sont une chose magnifique.“

Or, face au programme scolaire intensif, au fait que de telles visites sont, pour la plupart, des initiatives privĂ©es de professeurs comme Steve Kayser, et au manque de deniers publics, un tel enseignement prolongĂ© ne semble pas avoir sa place au Luxembourg. L’effet atteint chez les jeunes en est forcĂ©ment amoindri. Et l’oubli gĂ©nĂ©ral de cette histoire n’en arrivera que plus tĂ´t.

Germain Kerschen

Dat kéint Iech och interesséieren

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Assises sectorielles du chant choral: Junge Chorsänger*innen gesucht

Die „Assises sectorielles du chant choral“ vom vergangenen Samstag offenbarten, wo den Chören hierzulande der Schuh drĂĽckt. Es mangelt an Sichtbarkeit, pädagogischem Know-how und vor allem an Nachwuchs.   Wie bei Rundtischgesprächen ĂĽblich, boten die „Assises sectorielles du chant choral“ vergangenen Samstag einen Morgen voller leiser...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch: Luxemburgisch im Fokus

Die Luxemburger Sprache soll ab diesem Jahr jeden 26. September gefeiert und gefördert werden – und zwar mit Kulturevents, Aktivitäten und Diskussionsrunden. Das Programm der Erstauflage des „Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch“ wurde am Montag bei einer Pressekonferenz vorgestellt. „Sprache ist der Schlüssel zur Welt“, sagte bereits Wilhelm von...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Staffelfinale „And Just Like That”: Vergessene Vorläufer

Allzu schwer fällt er nicht, der Abschied von der Serie „And Just Like That“ – sie hat den Charme des Anfangs eingebüßt. Interessanter ist ein Blick auf die Ursprünge: Mit Mary McCarthys Buch „The Group“ fing alles an. Und einfach so ist alles vorbei: Mit dem Staffelfinale des „Sex and the City“-Sequel „And Just Like That“ schließt das...