JEAN-PAUL SALOMÉ: Je fais le malin

On ne pouvait pas rater cette comédie française, tant la publicité a été abondante. A la fin, « Je fais le mort » reste assez décevant, malgré quelques gags plutôt réussis.

Le Sherlock de Haute-Savoie en action.

Jean Renault est un chieur. Et il est tellement chiant que dans son boulot, celui d’acteur de séries policières pour le petit écran, plus personne ne veut bosser avec lui. Le problème, c’est qu’il a deux enfants à nourrir et un divorce à financer et qu’il faut bien manger. Heureusement que sa conseillère du Pôle emploi parisien arrive à lui dégoter un petit boulot plutôt sympathique et pas trop éloigné de sa véritable profession : il s’agit de participer à des reconstitutions de meurtres. Cette pratique, à mi-chemin entre monde juridique et monde du spectacle, n’apporte souvent rien d’autre qu’une surmédiatisation de faits divers sanglants. Mais Renault n’a pas le choix et se met donc dans le train direction Megève, un petit bled de luxe en Haute-Savoie dans les Alpes françaises. Avant tout une station de ski touristique, Mégève a été secouée l’hiver dernier par un triple meurtre. Celui des deux frères Beauchatel et de Vanessa, la compagne du troisième frère de la bande, lui-même gravement blessé dans la dernière attaque. Le coupable idéal est aussi coffré depuis presque un an : un dénommé Servas, SDF et alcoolo qui n’avait pas bien vécu l’expropriation de sa mère par les frères Beauchatel. Ceux-ci – un entrepreneur, un maire et un propriétaire de boîte de nuit – se révèlent avoir été des magouilleurs qui considéraient la vallée de Megève comme leur chasse gardée.

Pour Renault, les reconstitutions, dirigées par une jeune juge ambitieuse qui ne peut pas le blairer, sont un vrai cauchemar. S’il se heurte aux indications qu’on lui donne, son sens du spectacle lui permet tout de même de découvrir que quelque chose ne tourne pas rond dans cette affaire et que les dessous des trois meurtres sont plus sordides qu’il n’y paraît. D’acteur en détresse, Jean Renault va se transformer petit à petit en vrai petit Sherlock des Alpes.

L’idée derrière « Je fais le mort » est plutôt originale. Emboîter les différents niveaux de fiction pour en faire une histoire nouvelle est une recette de succès que beaucoup d’autres réalisateurs ont utilisée. Aussi les gags font rire, et avant tout les jeux de mots sur Jean Renault et son homonyme vraiment fameux. Pourtant, le film ne réussit pas à faire monter le suspense, malgré une histoire étonnamment complexe. C’est une question de rythme et aussi de casting. Surtout, François Damiens dans le rôle de Jean Renault n’arrive pas à faire évoluer assez son personnage. Tout au long du film, il reste ce mufle égocentrique, imbu de ses propres vestiges de jeunesse, qui ne veut rien entendre. Ce qui rend peu crédible le développement de l’intrigue et surtout la fin du film. Face à lui, Géraldine Nakache dans le rôle de la jeune juge aux grandes ambitions tient mieux en place et offre quelques belles bouffées d’air frais dans un film souvent trop reclus sur lui-même.

Cela ne fait pas forcément de « Je fais le mort » un film très mauvais. Il reste plutôt coincé dans un entre-deux. Ni vraiment comédie hilarante, ni vraiment polar noir, il a des difficultés à s’affirmer. Car l’intrigue elle-même aurait très bien pu avoir lieu dans un Agatha Christie ou un Conan Doyle, tant elle est classique après tout – le cadre plus ironique ne réussit pas à cacher ce manque. Dommage, car François Damiens sait aussi faire mieux, comme il l’a montré dans l’excellente comédie belge « Dikkenek », et Jean-Paul Salomé a lui aussi déjà su briller, notamment avec « Arsène Lupin ».

A l’Utopia.


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