ABOUT NICHOLSON: Toujours pour le meilleur

A l’occasion de la sortie de „About Schmidt“ sur les écrans luxembourgeois, présentation du film et de son acteur principal, Jack Nicholson.

Thibaut DemeyerIl partait favori pour le prix d’interprétation masculine à Cannes. Obtiendra-t-il l’Oscar en compensation?

Photo: Thibaut Demeyer

La Croisette, à travers le Festival de Cannes, aura patienté presque vingt ans avant d’accueillir une nouvelle fois ce monstre sacré du cinéma qu’est Jack Nicholson. Sa présence sur la French Riviera en mai dernier a été motivée par la présentation en compétition officielle de „About Schmidt“, signé Alexander Payne. C’est avec une certaine nostalgie que Jack Nicholson se souvient de ses premiers pas sur la Croisette:

„Cannes représente beaucoup pour moi. C’est ici que j’ai connu toutes les personnes que je côtoie dans ma carrière. La première fois que je suis venu, c’était avec les bobines d“Easy Rider‘ sous le bras. A l’époque, on était plus libre, on pouvait se promener dans les rues. Aujourd’hui, c’est différent, il y a plus de monde. Je dois me lever tôt pour me balader sur la Croisette. Cela dit, c’est toujours aussi merveilleux d’être à Cannes.“

„About Schmidt“ est une comédie sociale satirique, qui nous offre deux heures et cinq minutes de bonheur pur, où Jack Nicholson campe à merveille un homme mis fraîchement à la retraite. Employé modèle dans une compagnie d’assurances, Warren Schmidt n’a jamais vraiment eu le temps de se préparer à sa nouvelle vie. Il se retrouve donc un peu perdu. Heureusement, son épouse est présente. Hélas, cela ne durera pas car, victime d’un malaise cardiaque, elle ne tardera pas à rejoindre la vie éternelle.

Cette transition sera des plus difficiles pour Warren, jusqu’au jour où il découvrira, grâce au parrainage d’un petit Tanzanien, une nouvelle vie et surtout un but. Entre-temps, il traversera la quasi-totalité des Etats-Unis en motor-home pour aller retrouver sa fille qui se prépare à épouser un homme que Warren est loin de porter dans son c´ur. En chemin, des tas d’aventures cocasses vont l’attendre pour le plus grand bonheur des spectateurs qui découvriront un Jack Nicholson pas très loin de celui de „Pour le Pire et le Meilleur“.

„Je peux tout jouer“

Néanmoins, même s’il y a quelques similitudes dans le caractère de ces deux personnages, Jack Nicholson n’improvise jamais: „C’est toujours difficile pour un acteur de convaincre que mes personnages ne sont pas le vrai Jack et que je peux presque tout jouer. Pour ‚About Schmidt‘, j’ai accepté de me vieillir encore plus que pour ‚The Pledge‘. D’ailleurs, durant les trois mois du tournage, je n’osais pas me regarder dans la glace. Et puis, j’ai travaillé la marche pour qu’elle soit vraiment différente de celle de mes autres personnages et enfin, pour parfaire
M. Schmidt, je me suis coiffé différemment.“

Pour le reste, c’est le talent pur de ce comédien qui a fait la différence. Un talent qui lui permet d’être une nouvelle fois nominé dans la catégorie du meilleur acteur lors de la prochaine course aux Oscars, dont une probable victoire pourrait effacer quelque peu sa déception de s’être fait souffler le prix d’interprétation à Cannes par Olivier Gourmet, alors qu’il partait favori.

Un peu comme dans son ´uvre précédente „L’arriviste“, Alexander Payne qui, entre-temps, a signé le scénario de „Jurassic Park III“, dépeint M. Schmidt d’une manière satirique et fait d’une personne ordinaire au départ quelqu’un d’égoïste et de mesquin, jusqu’au jour où il découvrira ce parrainage. A partir de là, le film tournera légèrement vers le côté humanitaire mais sans pour autant tomber dans une version moralisatrice. En fait, l’histoire du petit Tanzanien, répondant au doux nom de Ndugu, n’est qu’une toile de fond tout en étant le fil rouge de l’histoire et la bouée de sauvetage de Warren, qui finit par en faire un peu son confident. A la longue, on comprend que Warren a plus besoin de ce petit Tanzanien que l’inverse et que tout compte fait, le parrainage qui était pris au départ pour une sorte d’élan du c´ur n’est, en définitive, qu’un geste égoïste. Un de plus!

Après cette partie concernant les questions existentielles de la mise à la retraite et des soucis que cela peu poser lorsque l’on ne s’y est pas préparé, Alexander Payne nous dirige tout droit vers une sorte de road movie bourré de moments vrais. Il nous présentera des personnages imparfaits qui renforceront Warren dans son monde aigri. Tout cela est présenté de manière efficace, sans temps mort et mieux encore, en évitant tout simplement les solutions faciles. En aucun cas, Jim Taylor, le scénariste, et Alexander Payne, à la fois co-scénariste et réalisateur, ne conduiront Warren Schmidt dans des situations tellement abracadabrantes qu’ils seront obligés de sortir de leur chapeau une sorte de rédemption, prise bien souvent dans le cinéma hollywoodien comme le dénouement par excellence. L’accumulation de petites scènes originales, qui évitent tous les clichés, fait de „About Schmidt“ une ´uvre inoubliable que l’on a envie de voir et de revoir.

La moitié du budget pour Jack

Néanmoins, même si Jack Nicholson est le pilier central de cette comédie satirique, il serait inconvenable de garder dans l’ombre les seconds rôles, qui sont à la fois extraordinaires et indispensables pour la réussite du film. Ceux-ci ne sont autres que Kathy Bates, la maman du fiancé, nominée aux Oscars 2003 dans la catégorie meilleur second rôle féminin, rebaptisée pour l’occasion Roberta, ainsi que Dermot Mulroney, le fiancé mal aimé de Warren, qui offre une interprétation exemplaire parvenant à slalomer adroitement entre la caricature et le réalisme.

Sans aucun doute, „About Schmidt“ fait partie des meilleurs rôles que Jack Nicholson ait obtenu dans sa carrière. De cela, il en est conscient, n’hésitant pas à tarir d’éloges ce jeune réalisateur: „Alexander est un réalisateur ferme, le scénario est puissant et sa réalisation bien spécifique. Pour être relax, le réalisateur doit vous guider. Je ne prendrais pas de plaisir si ce n’était pas différent à chaque fois.“

Avec un budget de 30 millions de dollars, dont pratiquement la moitié pour Jack Nicholson, Alexander Payne a réussi à nous offrir une ´uvre solide, agréable et qui, sans aucun doute, comptera à la fois dans l’histoire du cinéma et dans la carrière de Jack Nicholson, surtout si celui-ci décroche une nouvelle fois l’Oscar du meilleur acteur. Un prix qui sera amplement mérité.


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