UNI LETZEBUERG: Elite ou masse?

L’université de Luxembourg sera dirigée de manière autoritaire. Le Grand Recteur dirigera-t-il une poignée de chercheurs d’élite ou une masse critique d’étudiant-e-s?

On peut dire qu’une „drôle de guerre“ précédait l’entrée en bataille du gouvernement contre le vide universitaire du Grand-Duché. Toutes sortes de spécialistes et de lobbies mettaient leurs orgues de Staline en marche pour intimider les défenseurs de telle ou telle version du projet.

Mais ni la „drôle de guerre“, ni les orgues de Staline, n’allaient aboutir à un conflit ouvert autour du projet gouvernemental sur l’Université de Luxembourg déposé au parlement en décembre dernier. Bien au contraire. Lors du „hearing“ organisé cette semaine avec les principales forces vives intéressées, cette convention académique sentait l’encens du début à la fin. Pratiquement tou-te-s les participant-e-s saluent à la fois les finalités et les structures d’organisation de l'“UNILUX“. A quelques nuances près … Tout d’abord: les missions plénipotentiaires du recteur et de son conseil de gérance, désignés dans nos colonnes de „Hannibal Recteur et ses sept éléphants“. Cette direction autocratique semble du goût des responsables de centres de recherche et d’instituts académiques existants, qui défendaient presque uni sono – et a Capella – la nécessité d’une direction forte, voire autoritaire, de l’université. Ce sont tous des représentants de la gente masculine, qui approchent la soixantaine, imbus de leurs mérites et de leur caractère indispensable pour le bien-être du monde et peu susceptibles de succomber au virus du doute.

Les chercheur-euse-s, enseignant-e-s et étudiant-e-s occupent bien évidemment une position diamétralement opposée. Vu que les apparatchiks du ministère les considèrent comme des „artistes indépendantistes“ qu’il faut dompter par une surveillance plus stricte, ils/elles se sentent, à juste titre, menacé-e-s par un fort musellement des autorités universitaires d’une part et par l’épée de Damoclès du rendement économique de l’autre. C’est donc de cette base inquiète que surgissent des idées plus dérangeantes. „La faculté comme instance critique dans la société luxembourgeoise“, clamait Jim Lehners (CUNLUX). Et Lucien Kerger (ISERP) de citer le gourou suisse Hutmacher: „Il faut entamer de nouvelles formations et effectuer une rupture au lieu de faire de la tromperie sur la marchandise“.

Autre sujet de prédilection des discussions d’arrière-garde: faut-il une université de masse ou une université d’élite au Grand-Duché? Même s’il n’était pas présent dans la salle, l’ombre de Mister Mackel, professeur ès Rockefeller, planait sur la salle du Krautmaart. Mais tout compte fait, la discussion est sans objet. Du fait de l’intégration des filières socio-pédagogiques dans l’université, au moins une faculté – ou „school“, comme préférerait dire l’aile élitiste – sera condamnée à accueillir les masses de bacheliers luxembourgeois désireux de cibler un poste dans l’enseignement luxembourgeois.

Les rêves de „Silicon Valley“ et de „Fontainebleau“, qui hantent le Luxembourg depuis son avènement à l’univers des nouveaux riches, ne doivent pas faire oublier que tant notre enseignement – supérieur et autre -, que notre économie, ont d’abord besoin d’une large et solide souche académique de bonne qualité avant tout élitisme. Le haut de gamme ou l’excellence finira de toute façon par surgir d’un terreau universitaire aussi fructueux et varié que possible. Il faudra donc, bon gré mal gré, réussir à concilier élite – ou plutôt excellence – avec masse – ou plutôt „open university“.


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