Climat et pandémie : Voir plus loin

Cinq ans après l’accord de Paris, un an après le début de la pandémie, avons-nous avancé dans notre manière de surmonter les crises qui mettent en danger l’humanité ?

Wikimedia ; Hannah Ritchie et Max Roser ; CC BY-SA 4.0

Ce que dit la science du changement climatique : si rien ne change, l’augmentation de la température planétaire atteindra au moins trois degrés à la fin du siècle. Pour éviter cela, avec idéalement une augmentation de « seulement » 1,5 degré, il faut réduire d’urgence les émissions de gaz à effet de serre. C’est que le système complexe terre-mer-atmosphère est lent à réagir : les augmentations de température d’aujourd’hui sont la conséquence différée des émissions des décennies passées, les émissions des dix ans à venir vont accélérer le réchauffement pour des décennies à venir. Le constat est clair : si on attend encore pour agir, les scénarios aux conséquences bénignes deviendront extrêmement improbables.

Pour l’épidémie de Covid-19, la science est moins nette dans ses prédictions : on sait que c’est une maladie plus dangereuse que la grippe saisonnière, mais qu’elle ne déferle pas avec la violence de la peste ou du choléra. Néanmoins, les mécanismes à la base de la deuxième vague actuellement en cours sont encore mal compris. Considérant le niveau de dangerosité moyen de la Covid-19, il est raisonnable de chercher des compromis entre les mesures d’endiguement et les exigences de la vie économique et sociale. Cependant, ayant devant les yeux les conséquences de la maladie – hospitalisations et morts –, les institutions politiques sont prêtes à prendre des décisions tranchantes. Les nombreuses contestations des mesures dans leurs détails ne doivent pas faire oublier qu’il y a un large consensus sur le fait que surmonter la crise Covid-19 aura un coût, et qu’il faut bien en passer par là.

La crise climatique, n’en déplaise aux apôtres du win-win, aura également un coût considérable. Par rapport au coût de la pandémie, concentré sur un an et demi, celui de la lutte contre et de l’adaptation au réchauffement climatique s’étale sur des décennies. La facture sera d’autant moins salée que la communauté mondiale profitera de la possibilité d’anticiper le changement des modes de production et de consommation. En effet, si la Covid-19, sur une durée courte, fait subir un choc aux systèmes économiques et sociaux, le réchauffement climatique et la transition nécessaire, très progressifs, permettraient une adaptation graduelle de ces systèmes.

Hélas, alors que l’effet meurtrier de la crise Covid-19 s’étale sous nos yeux, celui encore plus destructeur de la crise climatique reste diffus. D’une part, ce n’est que depuis quelques années que la science est capable de relier directement au réchauffement planétaire tel ou tel phénomène météorologique, qu’il s’agisse d’un cyclone, d’une inondation ou d’une vague de chaleur. D’autre part, les victimes de ces phénomènes sont – pour le moment – moins visibles, la plupart d’entre elles vivant dans les pays plus vulnérables du Sud global.

Les victimes du changement climatique sont moins visibles.

Du coup, la menace du réchauffement reste chose abstraite, et les institutions politiques se trouvent moins sous pression d’agir. Certes, il existe enfin un large consensus sur le fait qu’il faut « faire quelque chose », mais une propension plus grande encore à vouloir ménager la chèvre et le chou – la lutte contre le changement climatique et les intérêts des grands acteurs économiques. Or, face aux incertitudes des prévisions, miser sur des idées comme « deux degrés, ça restera supportable » est trop dangereux pour être acceptable. Concernant le niveau de réduction des émissions, l’enjeu des négociations ne devrait pas être le combien, mais le comment – comment arriver aux résultats que conseille la science.

Or, à ce jour, la plupart des pays s’accrochent à un objectif à long terme, celui du zéro net d’émissions vers le milieu du siècle. Important sur le plan symbolique, cet objectif ne garantit pas un réchauffement limité à 1,5 degré. En effet, si les émissions baissent trop lentement dans les dix années qui viennent, le zéro net en 2050 ne sauvera plus rien. C’est pour cela que les espoirs et les angoisses se concentrent sur la COP26, en novembre 2021, qui pourrait impulser une nouvelle dynamique internationale permettant de réduire rapidement les émissions à l’horizon 2030. Ainsi, pour l’une des deux crises, on peut avoir bon espoir qu’elle sera surmontée d’ici un an. Pour l’autre, il reste de l’espoir.


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