Crise du logement : Toujours pas de « Chefsache »

Si l’actuel gouvernement a hérité d’une pénurie de logements abordables, rien ne laisse prévoir qu’il ne léguera pas une situation similaire à ses successeur-e-s.

Le lieu d’arrivée de la grande manifestation pour le droit au logement de samedi dernier n’aurait pas pu être mieux choisi : après avoir marché à travers les rues du centre depuis le Glacis, un petit millier de personnes se sont déversées, armées en grande partie de casseroles et de cuillères, sur la placette nouvellement créée entre le Centre Hamilius et l’Hôtel des postes. Entourées d’appartements et de magasins de luxe, en face d’un édifice public auquel un avenir similaire est réservé, elles ont frappé les ustensiles apportés et clamé « Un toit, c’est un droit », le slogan choisi par les 18 organisations qui avaient appelé à la manifestation.

« Un toit, c’est un droit »

Le moment non plus n’avait pas été laissé au hasard : les derniers chiffres, fraîchement publiés par le Statec et l’Observatoire de l’habitat, avaient montré que malgré la crise du coronavirus et le ralentissement de l’économie qui s’est ensuivi, l’augmentation du coût des logements, qu’ils soient loués ou achetés, n’a pas pu être enrayée − bien au contraire. Le jour même de la manifestation avait lieu l’ouverture de la Semaine du logement, la grande exposition annuelle consacrée à l’immobilier. Et quelques jours avant le discours tant attendu du premier ministre sur l’état de la nation, les organisatrices et organisateurs ont aussi profité de la présence d’un si grand nombre de personnes pour rappeler leurs attentes à cet égard.

Si le discours de l’année a été décevant – le problème du logement n’y a pas trouvé sa place –, Bettel a cependant réservé mardi dernier deux pages sur 53 (jolis graphiques inclus) pour décrire les efforts entrepris par son gouvernement, mais sans faire de grandes annonces, le pacte logement 2.0 ayant déjà été présenté avant l’été. La procédure législative de ce dernier se déroule maintenant un peu au pas de course, comme celui-ci doit être en place pour le 1er janvier 2021.

Bien évidemment, la pandémie a dominé le débat politique ces derniers temps, et donc aussi le discours du premier ministre. Mais cette même crise a aussi révélé que disposer d’un logement décent est important pour mettre en place les mesures sanitaires destinées à enrayer la propagation du virus. Les mesures de confinement ont finalement pesé beaucoup plus lourd pour les personnes vivant dans la précarité. Le « Bleif doheem » prôné sur les abribus s’est avéré plus facile pour celles et ceux qui disposent d’un accès à un jardin ou à un balcon bien aéré, et qui ne sont pas obligé-e-s de s’entasser à plusieurs dans une ou deux pièces, tout en organisant leur télétravail et leur homeschooling autour de la seule table commune.

La Caritas a estimé de façon très prudente, lors d’une conférence de presse la semaine dernière, que « si le calcul des besoins en logements abordables se base uniquement sur les ménages non propriétaires en risque de pauvreté, le chiffre s’élève à 21.275 ménages ». Ce n’est donc pas le besoin projeté sur une durée plus ou moins longue, mais bien l’instantané du moment qu’il faut comparer aux 1.650 logements que la SNHBM et le Fonds du logement ont su créer… en six ans. Et avec la crise, le nombre de celles et ceux qui risquent de tomber dans la catégorie décrite par la Caritas va encore augmenter. Une course qui risque d’être perdue d’avance si d’autres mesures plus drastiques ne sont pas mises en place.

La petite excursion rhétorique de Bettel sur le problème du logement avec, toujours, l’appel à l’initiative privée est donc loin de satisfaire les organisatrices et organisateurs de la manifestation de samedi, ni les milliers de personnes à la recherche d’un logement abordable. Le rassemblement n’était pas le premier et ne sera donc certainement pas le dernier du genre…


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