Devoir de vigilance : Le zigzag d’Asselborn

Trouver une démarche commune entre société civile et entreprises pour le respect des droits humains tout au long de la chaîne de création de valeur, tel est le vœu pieux du ministre des Affaires étrangères – qui s’emmêle les pinceaux.

(©woxx)

Ce mardi matin au ministère des Affaires étrangères, Jean Asselborn, Michel Reckinger pour l’UEL et Norman Fisch pour l’Institut national pour le développement durable (INDR) ont présenté le « pacte entreprises et droits de l’homme ». Les entreprises signataires de ce papier s’engageront volontairement à veiller aux droits humains et profiteront de formations ainsi que de conseils et du feedback d’un-e expert-e en la matière. « Ils gagneront aussi en matière de visibilité et de réputation », a ajouté Norman Fisch pour mieux vendre ce pacte, dont le principal problème est qu’il est à cent pour cent volontaire et non contraignant. Ce qui juste après l’explosion du Pegasus Project et la révélation que la firme NSO se dit elle-même basée au Luxembourg ne pourrait pas être plus clairement vu comme une tare.

Pourtant, le patronat luxembourgeois est toujours réticent par rapport à une loi contraignante. Cela se remarque dans sa double stratégie : au niveau national, il plaide fortement pour une solution européenne (Michel Reckinger est allé jusqu’à employer le mot mantra du ministre des Finances, en appelant un « level-playing field ») ; par contre, à Bruxelles, le lobby européen patronal (où le Luxembourg est représenté à travers la Fedil) fait tout pour bloquer ou du moins diluer les termes d’une directive que la Commission veut encore mettre sur la table avant la fin de l’année – comme nous avons pu l’écrire il y a quelques semaines.

Les ONG n’ont pas voulu cautionner un pacte qu’elles ne soutiennent pas.

Un autre hic était l’absence de la société civile à cette conférence de presse et surtout de l’Initiative pour un devoir de vigilance, qui regroupe quelques-uns des plus gros acteurs du monde des ONG et des syndicats. Et ce n’est pas parce qu’ils n’auraient pas été invités, mais plutôt qu’ils auraient décliné en raison de problèmes de communication, selon Michel Reckinger : « Pendant des années, ils nous ont dit qu’on n’avançait pas assez vite et maintenant ils disent que tout est allé trop vite », s’est-il exclamé suite à notre question. Pourtant, un communiqué de ce mercredi matin issu de l’initiative laisse entendre un autre son de cloche : « Un pacte avec des mesures purement volontaires ne suffit pas ! », peut-on y lire, ainsi que : « Ce lancement se fait dans un contexte où certaines organisations patronales au Luxembourg ont milité lors de la consultation publique par la Commission européenne pour contrecarrer toute législation en affirmant que des mesures volontaires seraient suffisantes. »

En d’autres mots, les ONG n’ont pas voulu cautionner un pacte qu’elles ne soutiennent pas. Cela illustre aussi les différends existant dans le monde des entreprises elles-mêmes. Pas moins de 32 entreprises – dont la Luxlait – ont souscrit à une déclaration demandant une loi nationale, tout en s’engageant dès à présent pour un respect intégral des droits humains dans leurs chaînes de création de valeur. Donc, pourquoi faire ce pacte quand cette déclaration existe déjà ? À cette question, Norman Fisch nous a assuré que « toutes les entreprises signataires de cette déclaration vont signer aussi notre pacte ». Pas sûr que cela soit aussi simple.

Le plus difficile sera donc de trouver des compromis entre patronat et société civile, alors que les positions sont en train de s’éloigner les unes des autres à grande vitesse. Une mission presque impossible pour Jean Asselborn, surtout quand il essaie d’amadouer tous les camps en même temps.


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