Exposition collective
 : Dédoublages

« Double Coding » s’appelle une petite mais intéressante exposition collective à découvrir en ce moment au Mudam – où se croisent grands destins, culture(s) et ironie.

Les termes de code et de culture sont naturellement proches, et ce n’est pas pour rien. Chaque culture produit des codes qui lui sont propres et qui évoluent au fil du temps : que ce soit par un progrès naturel, par un détournement ou par un événement marquant qui change ou détruit même à tout jamais les codes – les deux éléments font partie d’une dynamique définie par la condition humaine.

Le choix de la curatrice Marie-Noëlle Farcy – qui a puisé dans les collections du Mudam pour l’occasion – s’est porté sur des artistes plutôt jeunes (enfin, presque tous ont la quarantaine, c’est aussi une histoire de perspective) et dont les modes d’expression sont pour le moins éclectiques. La pièce maîtresse étant sans doute « Non ci resta che piangere » de l’artiste italien Andrea Mastrovito – œuvre éphémère sur papier qui recouvre une partie du plafond de la salle et évoque une mer (de larmes) dans laquelle vogue la caravelle de Christophe Colomb direction Amériques, où elle sèmera la mort et la désolation. Ce travail est juxtaposé à deux œuvres du sculpteur américain Mel Chin sous le titre « Shape of a Lie ». D’un côté sur un mur blanc on trouve une bouche ouverte qui tire la langue, de l’autre côté de ce mur une sculpture qui réunit une grosse paire de couilles, un ballon gonflé et un orteil posé par terre. Par association le tout donne une approche légère et ironique du mensonge dans tous ses components – y compris le petit degré de vérité symbolisé par l’orteil.

Plus tragique, les travaux de Carlos Amorales. L’artiste mexicain revient sur le séisme qui frappa son pays en 1985 avec deux travaux : « Vertical Earthquake » une peinture murale faite à l’aide d’une règle déformée comme les courbes du tremblement de terre et « Newspaper » où l’artiste expose des pages de journaux sur lesquels l’artiste a laissé ses marques, illustrant la phase d’« anarchie productive » qui régna après la catastrophe.

Autre œuvre frappante : la grande photographie panoramique de Mitra Tabrizian « Tehran 2006 ». L’artiste d’origine iranienne montre un panorama de la capitale avec des femmes et des hommes qui semblent perdus dans un paysage urbain désertifié. Le tout sous le regard perçant des ayatollahs Khomeini et Khamenei sur une énorme banderole de propagande. L’écart sensible entre la réalité dure des habitant-e-s et le mot d’ordre qui les surveille fait ressentir l’exil intérieur qu’ont choisi la majorité de ces personnes enfermées contre leur gré dans leur propre pays.

Sur le même mode, mais en plus ironique, voire sarcastique on découvre la vidéo Wael Shawky « The Cave (Istanbul 2006) ». L’artiste s’y met en scène dans un supermarché en récitant une légende religieuse (celle des « Sept Dormants de l’Ephèse ») sur le mode d’un vendeur de téléréalité. Plus subtile, mais non moins mesquine, la façon de procéder de l’artiste roumain Ciprian Mureșan. Ayant emprunté un bouquin à la bibliothèque de la ville de Cluj, l’artiste se filme en train de l’illustrer à sa manière et d’insérer secrètement son dessin dans le livre avant de le rendre. L’ironie est qu’il s’agit de « La Richesse des Nations » d’Adam Smith, qui est ainsi détourné par la « main invisible » non pas du marché, mais de l’artiste.

La technique du recadrage semble en vogue dans les pays de l’Europe de l’Est, puisque les deux derniers artistes (l’Hongrois Svätopuk Mikyta et la Slovaque Lucia Nimková) s’y prêtent aussi. L’un en s’attaquant à des collages et des cadres divers glanés dans des librairies d’occasion, l’autre en montant des vidéos qui illustrent l’absurdité de la censure sous la gouvernance soviétique.

Donc, si les autres expositions en cours en ce moment vous abattent, « Double Coding » est un vrai rafraîchissement !

Jusqu’au 10 septembre au Mudam.

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