Grande Région : Droit à l’expérience

Quand on parle dérégulation, les syndicats ne se montrent pas très emballés. À l’échelle de la Grande Région, l’exception confirme la règle.

Le Comité économique et social de la Grande Région (CESGR) a vu le jour en 1997, à un moment où la discussion sur une plus forte intégration de cette fameuse « Grande Région »  – laquelle comprenait, en dehors du grand-duché, la Lorraine, les länder allemands Saarland et Rheinland-Pfalz ainsi que la Wallonie – n’en était qu’à ses débuts. La Communauté française et la Communauté germanophone de Belgique ont été intégrées dix ans plus tard.

11 millions d’habitant-e-s

Ces six entités envoient chacune six représentant-e-s issu-e-s de façon paritaire du milieu patronal et syndical, un dernier tiers étant composé « d’un collège composé selon la convenance de chaque région ». Il est présidé pour deux ans alternativement par des représentant-e-s du patronat et des syndicats. La présidence tourne aussi entre les différentes régions en se calquant sur celle de la présidence politique de la Grande Région. Ainsi, le syndicaliste luxembourgeois Jean-Claude Reding vient de passer le relais au représentant patronal sarrois Oliver Groll. Le sommet politique se tient en principe tous les deux ans. Le dernier a eu lieu au Luxembourg en janvier 2017 et sera suivi d’un 17e sommet prévu pour fin janvier à Sarrebruck.

Pour tirer le bilan des deux dernières années, mais aussi pour présenter les recommandations du CESGR en vue de ce sommet, le président sortant et son successeur avaient convié la presse cette semaine. Jean-Claude Reding a surtout mis l’accent sur le « Rapport sur la situation économique et sociale de la Grande Région 2017-2018 » qui s’est cette fois-ci penché plus spécifiquement sur la formation professionnelle continue à l’ère de la numérisation du monde du travail. Si le CESGR n’a rien de révolutionnaire à proposer au prochain sommet, ses différents groupes de travail mettent cependant en avant de nombreuses propositions de détail pour faire avancer l’intégration de la Grande Région. Reding a notamment mentionné une sorte de droit à l’expérimentation régionale, surtout juridique : beaucoup de législations européennes règlent les rapports entre les États membres qui s’avèrent absurdes au niveau de la Grande Région, avec ses nombreuses frontières et son « kleiner Grenzverkehr ».

La directive sur le détachement de travailleurs, par exemple, impose un travail de paperasse énorme qui se justifie pour des projets de moyenne et longue durée, mais s’avère un frein pour les petites entreprises effectuant de nombreuses missions de courte durée seulement quelques kilomètres au-delà de leur frontière nationale. S’il est difficile (surtout pour un syndicaliste) d’imaginer de ne plus du tout appliquer cette directive, il pourrait s’avérer intéressant d’adapter certaines dispositions administratives pour le cas de figure de la Grande Région.

La Grande Région telle qu’on la connaissait ces dernières années couvre 65.401 km2 et compte 11 millions d’habitant-e-s. Depuis la réforme territoriale française de 2017, les choses sont devenues un peu plus complexes : même si la coopération interrégionale reste concentrée sur la Lorraine, l’interlocuteur français n’est plus la région Lorraine, qui n’existe plus, mais bien celle du Grand Est, dont la préfecture est basée à Strasbourg. La nouvelle entité territoriale s’étire depuis la Champagne jusqu’à l’Alsace et mesure, avec 57.441 km2, presque autant que l’ancienne Grande Région.

Si Jean-Claude Reding reconnaît que cette réforme n’a pas simplifié les choses, il a quand même le sentiment que les nouveaux interlocuteurs ont compris qu’il ne faut pas trop étouffer les collaborations qui existaient avec la Lorraine. En plus, il semble que depuis la création de la région Grand Est, l’appui que les partenaires français apportent au travail de la Grande Région et du CESGR se voit renforcé. Dans deux ans, la présidence passera de la Sarre aux collègues français, un moment crucial donc pour pouvoir observer si l’intégration de la Lorraine dans le Grand Est va se révéler un frein ou non.


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