Un fonctionnaire européen peut-il être capable d’émotions ? Oui, répond l’auteur belge, qui nous plonge dans un univers bouillonnant où subsistent amour, désir, tragédie et comédie.
Qu’on puisse faire naître de grands romans à partir de peu de choses, c’est une des constantes de l’œuvre de Jean-Philippe Toussaint. L’auteur de « La salle de bain » ou encore « L’appareil photo » s’est spécialisé dans l’apparente banalité de certains éléments, dont il sait tirer une certaine magie tout en respectant un ton d’une sobriété absolue, qui est un peu sa marque de fabrique.
Après avoir exploré les affres d’une affaire amoureuse qui tourne à l’obsession avant de se refroidir avec sa tétralogie précédente (« Faire l’amour », « Fuir » « La vérité sur Marie » et « Nue », ainsi que le prolongement « Made in China »), voici qu’il livre ici la deuxième partie de ce nouveau cycle, commencé en 2019 avec « La clé USB ». Alors que la première partie levait le voile sur les bureaux et les antichambres du Berlaymont et le travail de Jean Detrez, qui se situe dans l’anticipation de problématiques à venir, « Les émotions » dépeignent la vie intérieure de ce fonctionnaire.
Entre un divorce de raison, la garde de ses enfants, le décès de son père et sa relation avec son frère et sa première épouse, Detrez va naviguer souvent à vue et essayer de trouver des indices qui donnent un sens à sa vie. Par le biais d’un rythme qui alterne entre longs flash-back et chevauchées narratives, toujours sur ce ton faussement sobre, Toussaint parvient à construire une grande empathie pour ce personnage – qui en devient plus réel qu’un acteur ne pourrait jamais le jouer.
« Les émotions » est un livre calme et amusant, à lire en position « laid-back ». Mais aussi une œuvre qui par son introspection nous amène à remettre en question nous-mêmes, nos choix de vie et nos façons de les appréhender.
Paru aux éditions de Minuit.