Musique actuelle
 : Fieffé phénomène à la Philharmonie


Excentrique et éclectique, le pianiste et MC canadien Chilly Gonzales sera à la Philharmonie ce week-end, accompagné dans son nouveau programme par le Kaiser Quartett de Hambourg. L’occasion de découvrir une nouvelle facette de ce musicien singulier aux multiples talents.

Chilly Gonzales : un look cosy pour une musique qui bouge. (Photo : Alexandre Isard)

Chilly Gonzales : un look cosy pour une musique qui bouge. (Photo : Alexandre Isard)

Si l’album « Solo Piano » a propulsé Chilly Gonzales, né Jason Charles Beck à Montréal en 1972, sur le devant de la scène internationale, c’est dans le Berlin underground que s’est forgée sa légende. Après une première expérience de leader et producteur du groupe de rock canadien Son, il s’installe dans la capitale allemande en 1999. Entre 2000 et 2003, il y sortira quatre albums de musique essentiellement électronique, à la sauce groove-rap, où ses talents de pianiste n’apparaissent que sur quelques plages. On y devine cependant un sens du rythme et de la production qui annonce les succès futurs.

En 2004, changement radical : « Solo Piano » met en valeur sa formation de pianiste classique dans un album au bel équilibre. Certains critiques y ont décelé l’ombre d’un Erik Satie – avec une recherche harmonique moins sophistiquée que le compositeur français. On peut aussi y entendre une pointe de Keith Jarrett lorsqu’il se produit en solo – sans l’emballement quelquefois mystique du jazzman américain. Les compositions et interprétations sont savamment dosées pour plaire tant aux amateurs de classique qu’aux fans de la première heure, sans pourtant tomber dans le commercial flagrant : du grand art. Une suite, « Solo Piano II », paraît d’ailleurs en 2012. Surfant cette fois-ci commercialement sur la vague de ces succès, le pianiste sort également les « Re-Introduction Études », une partition de 24 morceaux destinés aux ex-pianistes qui ont abandonné l’instrument et voudraient s’y remettre.

Mais Gonzales continue son chemin éclectique, qui le mènera notamment à chanter sur son album pop « Soft Power » (2008), puis à rapper sur des orchestrations somptueuses dans « The Unspeakable Chilly Gonzales », coréalisé avec son frère Christophe Beck, compositeur de musique de film. Un disque où la parodie de l’industrie du rap éclate avec humour, comme sur la chanson « Self Portrait » dont le premier vers est tout simplement « I said I was a musical genius » – qualificatif souvent utilisé dans la presse pour Gonzales et dont il joue avec élégance et ironie. C’est à l’occasion de l’enregistrement de ce dernier disque qu’il rencontre le Kaiser Quartett et que germe l’idée d’un nouveau défi, concrétisé cette année avec « Chambers ».

Ce samedi, à la Philharmonie, le programme du Canadien fera donc la part belle aux morceaux de son dernier-né, un mélange de musiques actuelles arrangées pour piano et quatuor à cordes. Un programme qu’il a tenu à jouer le 17 novembre dernier aux Folies Bergères, décidant contrairement à beaucoup d’autres artistes internationaux de maintenir son concert malgré les attentats de Paris quatre jours auparavant. Et Chilly Gonzales en scène, c’est quelque chose : d’abord cette élégante et surprenante robe de chambre assortie de pantoufles comme tenue de concert, des commentaires parfois décapants et puis une énergie du tonnerre qui, gageons-le, saura tout autant se déployer avec quatre archets et un piano.

C’est donc à une chaude ambiance, dans tous les sens du terme, que sont conviés les spectateurs. D’autant que Chilly Gonzales n’hésite pas à prolonger leur plaisir… enfin, peut-être pas aussi longtemps que le record du plus long concert, dont il est officiellement détenteur : plus de vingt-sept heures ! Un phénomène, on vous dit.

À la Philharmonie, ce samedi 5 décembre 
à 20h. Des places seront encore disponibles à la caisse du soir.

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