Sculptures et xylotraces
 : L’appel de la forêt


L’exposition de sculptures et « xylotraces » de Nicolas Alquin à la galerie Simoncini est une plongée stimulante dans l’univers d’un artiste où se mêlent les influences des arts premiers et de l’iconographie occidentale.

(Photos : woxx)

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Nicolas Alquin indique modestement sur son site internet qu’il est né en 1958 « dans une famille d’artistes ». En fait, une simple recherche suffit à dévoiler le nom de son père, qui n’est autre que le peintre Pierre Alechinsky. Sans utiliser l’aura d’un patronyme aussi connu, Alquin a néanmoins obtenu pas moins de huit prix internationaux et compte une trentaine d’expositions individuelles et plusieurs monuments d’envergure à son actif, surtout en Belgique et en France.

Dans la galerie Simoncini, il propose trois types d’œuvres représentatives de son travail artistique. Tout d’abord, les sculptures en bois. Réalisées en taille directe, elles ne sont pas sans rappeler les figures anthropomorphes traditionnelles qu’on peut admirer en Afrique ou en Polynésie : qu’elles soient en chêne, en doucier (chêne chevelu) ou en iroko, en général ocrées, elles suggèrent des traits physiques plus qu’elles ne les détaillent. La finesse de leur découpe ne s’embarrasse pas de fioritures inutiles, comme des yeux, des bouches ou des nez que tout un chacun saura imaginer. Nommées au gré du temps qui passe (« Temps d’écoute », « Temps pausé » ou « Temps retrouvé »), elles évoquent des idoles douces et pourtant hiératiques, qui jettent un pont par-delà les époques artistiques entre arts premiers et madones d’hier et d’aujourd’hui.

Les sculptures en bronze adoptent, elles, un autre point de vue. Ici, la douceur ou la volupté sensuelle du ciselage direct font place à des figures plus torturées, qui épousent les courbes moins suggestives et plus anguleuses du coulage. Les héros sont fatigués et les mythes, déchus. Ces œuvres ont fait leur choix : elles sont passées du côté de l’art d’aujourd’hui (comment par moments ne pas penser aux compressions de César ?), alors que les sculptures sur bois semblaient vouloir préserver un délicat équilibre entre tradition et modernité. Elles apportent également une tension bienvenue dans la mise en espace, même si l’on peut lire dans un commentaire du livre d’or de l’exposition que celle-ci semble un « havre de paix ». Oui, on peut ressentir une certaine paix intérieure en visitant les lieux, probablement due à l’aura pacificatrice de la matière bois. Mais Alquin va bien plus loin que planter une simple forêt reposante : il propose également des personnages étranges tapis dans l’ombre des futaies.

1378_expo2Les xylotraces, tableaux réalisés à partir de gravures sur bois, viennent apporter un contrepoint en deux dimensions aux sculptures. Il ne s’agit pas ici uniquement de meubler les parois de la galerie : l’artiste a développé une technique différente tout en jouant la complémentarité des styles. Ces aplats qui proviennent de bois pressé sur toile font évidemment le lien avec les sculptures, tout en les complétant de détails intéressants, comme ces veinures qu’on pourrait croire les nervures de feuilles d’arbres. C’est tout un foisonnement de vie végétale qui apparaît alors et qui bourgeonne autant à la surface des œuvres que dans l’esprit de l’amateur. Un écosystème miniature tant artistique que naturel, en quelque sorte, qui mérite à coup sûr une visite.

Jusqu’au 15 juillet à la galerie Simoncini.

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