Sur Netflix : Lupin – dans l’ombre d’Arsène

« Lupin – dans l’ombre d’Arsène » est un des premiers grands succès français dans l’univers Netflix. Une production réussie qui met une certaine France devant ses paradoxes tout en étant divertissante.

Quand les préjugés rendent le cambrioleur invisible au milieu du Louvre. (Photos : © Emmanuel Guimier/Netflix)

Un coup de maître au Louvre : un collier de diamants ayant appartenu à Marie-Antoinette d’Autriche est dérobé en pleine vente aux enchères, sous le nez de la sécurité et de la police. Se déploie alors la double et triple stratégie de Lupin, un gentleman cambrioleur qui sait se rendre invisible. Sa cape d’invisibilité n’est ni technique ni magique – elle se compose entièrement des préjugés que la société porte envers le personnel de nettoyage, entièrement issu de l’immigration. Et Assane Diop, un jeune Sénégalais, sait comment naviguer entre les mailles du filet.

Le bijou en question est aussi relié à son histoire familiale tragique. Son père, qui a été chauffeur de la riche famille Pellegrini, s’est suicidé en prison après avoir avoué le vol du collier dans le coffre-fort de celle-ci 25 années plus tôt. C’est donc aussi une histoire de revanche personnelle, doublée d’une quête de la vérité, qui motive ce Lupin contemporain. Et vite, il va arriver à ses limites : entre ses aventures criminelles, son fils Raoul qui vit chez son ex-petite amie Claire et ses désirs de vengeance, le fil est tendu.

Le choix de donner le rôle principal à l’acteur préféré des Français-e-s du moment, Omar Sy – révélé entre autres par le film « Intouchables » en 2011 et le duo attachant qu’il y formait avec François Cluzet –, a aussi donné lieu à des propos racistes sur les réseaux sociaux et à des critiques qui flairent bon la « vieille France ». C’est probablement moins à cause de la couleur de peau d’Omar Sy qu’en raison des répliques, allusions et remarques qui se trouvent dans le scénario et les dialogues. Le racisme quotidien et structurel est mis en avant sans fard, tout comme le passé colonial et les exactions commises dans la Françafrique. Voilà de quoi ennuyer sérieusement quelques conservateurs qui n’aiment pas que le grand public discute de tels thèmes. Ajoutez-y le fait que Netflix est l’enfer des puristes de la culture franco-française et suspecté de vouloir tuer le cinéma européen – et surtout celui de l’Hexagone –, et vous avez tout un joli monde pour vous critiquer.

Équilibrer vie familiale et carrière de voleur hors pair est un exercice pas aisé.

Néanmoins, le succès de « Lupin – dans l’ombre d’Arsène » contredit le chœur des détracteurs et détractrices. 70 millions de vues le premier mois et un classement dans le top 10 des vues sur le site de streaming démontrent que le grand public a lui adopté le nouvel Arsène. Et c’est mérité, parce que la série est bien plus subtile qu’elle n’y paraît.

Il y a par exemple la double filiation littéraire : un livre de Maurice Leblanc mettant en scène Arsène Lupin est le dernier cadeau que le petit Assane reçoit de son père, et il va le lire et le relire religieusement pendant son éducation institutionnalisée. Mais c’est aussi un livre que le père a pris dans la bibliothèque des riches et redoutables Pellegrini, qui vont l’accuser du vol du collier et causer sa mort en prison. Finalement, Assane calque ses coups sur ceux décrits dans l’original, tout en mettant en œuvre toute une série de prouesses techniques qui n’existaient pas encore à la Belle Époque, pendant laquelle Maurice Leblanc situait les aventures de son héros original.

On pourrait éventuellement critiquer le fait que l’avatar de Lupin au 21e siècle n’est pas une figure politique – le Lupin original ayant, du moins à ses débuts, des sympathies affichées pour les anarchistes. Mais ce n’est peut-être que partie remise : la deuxième saison – qui a été avancée à l’été à cause de son succès, chose rare en temps de Covid, où beaucoup de séries accusent des retards de plusieurs mois, voire des années – ne manquera pas de laisser place à des développements imprévus.

En somme, « Lupin – dans l’ombre d’Arsène » est du divertissement intelligent, tout à fait regardable en famille. C’est aussi la preuve que certains progrès ne se laissent pas effacer aussi vite, n’en déplaise aux journalistes et critiques de « Valeurs actuelles » ou du « Point » et aux gargouilles qui hantent leurs espaces de commentaires.

Sur Netflix.

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