Vidéosurveillance : Dr François and Mr Bausch

L’extension de la vidéosurveillance dans la capitale est un des nombreux thèmes qui provoquent le symptôme de la langue fourchue chez les Verts. Il est donc étonnant qu’à présent le nouveau ministre de la Force publique la voie d’un œil critique.

Photo : woxx

Non, la police ne collecte pas que vos données, elle vous filme aussi. Du moins si vous avez le malheur – ou le bonheur – de travailler dans le quartier de la gare ou environs à Luxembourg-ville. Il se trouve que, comme pour les données compilées par la justice et la police, la base légale de ces enregistrements n’est pas toujours claire. La nouvelle réglementation sur la protection des données a en effet changé la donne pour la vidéosurveillance également – en l’occurrence le dispositif Visupol. La Commission nationale pour la protection des données (CNPD) l’avait pointé du doigt dans un avis de mars 2019 et suggéré « que les dispositions légales de [la nouvelle législation] soient davantage précisées afin d’inclure Visupol dans son champ d’application ». Les députés CSV Gilles Roth et Laurent Mosar se sont donc enquis de l’opinion de François Bausch sur cet avis – surtout que dans une réponse à une question urgente précédente, ce dernier avait insisté sur la légalité du dispositif.

Ce qui est bon pour la gare ne l’est pas pour le quartier

Et la réponse est tout à fait étonnante. François Bausch concède non seulement que l’avis de la CNPD est pertinent, mais communique aussi qu’une étude a été commandée à l’Inspection générale de la police (IGP) qui « analysera (…) si les règles actuellement appliquées à la vidéosurveillance répondent en tous points aux exigences de la loi ». Plus étonnant encore, l’opinion du ministre qui transparaît : « J’ai toujours eu une attitude réservée vis-à-vis de la vidéosurveillance », écrit-il, avant de mettre en avant qu’il n’a jamais cédé aux pressions politiques réclamant une extension de la vidéosurveillance au temps où il était encore échevin de la capitale. Il conclut par le constat « que la vidéosurveillance ne constitue pas un remède miracle pour la prévention (…) et que son exploitation doit être strictement limitée et clairement encadrée ».

On est dès lors en droit de se demander si c’est le même François Bausch qui avait répondu quelques semaines plus tôt au pirate Marc Goergen – qui s’inquiétait de la sécurité des agent-e-s CFL après un incident passager brutal à Oetrange et demandait des mesures de sécurité supplémentaires. Pour ce ministre Bausch, la vidéosurveillance accrue dans les gares serait un des remèdes efficaces pour renforcer le sentiment de sécurité des usagères et usagers des transports publics et du personnel ferroviaire. Pour quelqu’un d’aussi sceptique par rapport à la politique des caméras partout, ce n’est pas très logique.

D’ailleurs, ce n’est pas le seul dossier où les réticences de François Bausch face à la surveillance des citoyen-ne-s tombent sous le radar. Justement avec les radars tronçon qui sont en train d’être installés sur la N11 entre Waldhof et Gonderange. Ces engins enregistrent chaque véhicule qui passe et calculent la vitesse moyenne ; si celle-ci est au-dessus de la limite, un PV est adressé à l’automobiliste. Le hic : ces bornes enregistrent chaque véhicule et pas uniquement ceux en fraude. Une disposition qui inquiète aussi du point de vue de la protection des données. Une question parlementaire, cette fois posée par les conservateurs Léon Gloden et Jean-Marie Halsdorf sur un jugement allemand ayant suspendu des radars tronçon en Basse-Saxe, avait eu comme réponse qu’« il s’agit d’une décision basée sur la législation allemande ». Même si Bausch a assuré que les « instances concernées » seraient réunies dans un groupe de travail pour donner leur avis, le risque de passer outre les avis consultatifs ou non des autorités luxembourgeoises est trop bien connu pour que son discours reste crédible. Ainsi, les réticences de Bausch contre la vidéosurveillance pourraient bien n’être qu’une réaction au scandale des bases de données – histoire de s’assurer une blouse blanche immaculée, comme les docteurs…


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