MICHEL ONFRAY: Misère de l’idéalisme

Avec „Les sagesses antiques“, Michel Onfray inaugure une série de six tomes consacrée à une historiographie critique et virulente de la philosophie institutionnalisée.

Michel Onfray, „Contre-histoire de la philosophie 1 –
Les sagesses antiques“, Editions Grasset et Fasquelle, 2006.

Michel Onfray part en guerre. A nouveau. Dans un de ses derniers ouvrages, le „Traité d’athéologie“, qui fit polémique en France, Onfray remettait les trois religions du Livre à leur place, dans le camp de ces doctrines fondamentalement hostiles à l’humain. Cette fois-ci, le „philosophe du plaisir“ libertaire qui se définit comme un marxo-freudien, s’engage dans une campagne d’envergure. Avec „Les sagesses antiques“, Michel Onfray signe le premier de six tomes de sa „Contre-histoire de la philosophie“. Pour l’instant, seul le second („Le christianisme hédoniste“) est déjà paru, mais les titres des quatre suivants sont évocateurs: „Les Lumières baroques“, „Les Ultras des Lumières“, „L’eudémonisme social“ et „Les machines désirantes“.

Pourquoi une contre-histoire? Partant du constat que „l’histoire est faible avec les gagnants et sans pitié à l’égard des perdants“, Onfray reproche aux mandarins de la philosophie „un peu arrogante“, d’avoir laissé de côté toute critique historiographique. Car comme l’histoire appartient aux vainqueurs, ce sont également eux qui définissent les canons philosophiques, en justifiant un ordre et en légitimant des dogmes. Tout cela dans un contexte de rapport de force politique. Pour ce qui est de l’Antiquité grecque, Onfray oppose les matérialistes aux idéalistes, emmenés par Platon et ses idées caverneuses: „Avec le christianisme, les premiers (les idéalistes, ndlr) ont accédé au pouvoir intellectuel pour vingt siècles. Dès lors, ils ont favorisé les penseurs qui oeuvrent dans leur sens et effacé toute trace de philosophie alternative.“ Cet effacement n’était pas symbolique. Onfray rapporte en effet que des milliers d’écrits matérialistes ont été détruits, brûlés, jetés dans les rivières … Il fallait donc bien réhabiliter ces matérialistes, hédonistes ou cyniques tels que Démocrite, Leucippe, Aristippe, Diogène, Epicure, Lucrèce ou Horace.

Mais le carnage subi par ces philosophes qui célébraient le corps et non pas l’idée – qui n’est rien sans le premier – et ne méconnaissaient ni ne méprisaient les plaisirs profanes de la chair et du vin, a été féroce. Au contraire des oeuvres de Platon, ce que déplore Onfray: „D’autres, malheureusement, nous ont été transmises dans leur quasi-totalité – ainsi des dialogues de Platon dont l’influence et les ravages pendant ces deux derniers millénaires pourraient donner naissance à une encyclopédie des nuisances …“. Et vlan!

Adepte d’une philosophie pratique, Onfray se fait politique – il revendique d’ailleurs sa subjectivité déjà pratiquée par les anciens. La victoire intellectuelle des idéalistes a eu des conséquences concrètes: „(…) en gagnant, Platon, les stoï ciens et le christianisme imposent leurs logiques: haine du monde terrestre, détestation des passions, des pulsions, des désirs, discrédit jeté sur le corps, le plaisir, les sens, sacrifice aux forces nocturnes, aux pulsions de mort“.

Onfray n’envisage d’ailleurs pas sa bataille historiographique dénuée de sens et tente de corriger certaines manipulations. Il s’interroge par exemple sur les raisons pour lesquelles Démocrite est qualifié aujourd’hui encore de „présocratique“ alors qu’il fut de dix ans le cadet du maî tre de Platon et qu’il lui survécut encore une trentaine d’années. Cette terminologie ne serait pas, selon Onfray, innocente: elle induit que la philosophie connut un avant et un après Socrates, qui en serait devenu le „messie“.

Ce premier tome est d’une grande efficacité. Le ton vif, décomplexé et consciemment provocateur de Michel Onfray donne de la plasticité aux écrits. Intelligent et érudit, ce livre constitue une arme intellectuelle indispensable à cette époque où les cléricaux de tous poils recommencent à hausser le ton. Un vaccin salutaire contre les religions et toutes autres formes d’obscurantisme.


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