DIPLOMATIE: Russie! On arrive!

La visite de travail de Jean Asselborn à Moscou a montrée au moins que les autorités russes s’apprêtent à retourner au statut de superpuissance, perdu il y a une quinzaine d’années.

„Les Américains nous font rire. Surtout quand ils exagèrent dans des situations où visiblement, ils manquent d’informations,“ ironise Serguei Yastrzhembski, conseiller du président Poutine. Une phrase qui rappelle la guerre froide. Mais elle fait référence aux accusations américaines proférées lorsque les russes ont coupé le gaz à l’Ukraine en hiver dernier, après les tractations autour de la normalisation des prix du gaz. La nouvelle confiance en soi du géant russe va même assez loin pour que le conseiller se targue d’un mea culpa dans cette affaire: malheureusement celui-ci ne concerne que le manque de communication des autorités russes, qui aurait provoqué des malentendus en Occident …

Ce qui est étonnant pour un pays qui, sous plus d’un aspect, est toujours à bout de souffle. Après les grandes vagues de privatisations qui ont marqués les années 90, presque toutes les richesses sont tombées aux mains d’un petit groupe d’oligarques, laissant le peuple sans moyens et nostalgique de la grandeur passée. Ainsi dans les rues de Moscou, il est plus probable de tomber sur un policier racketteur qui essaie de combler ses fins de mois, que sur des vrais bandits. Pas difficile de se rendre compte de la désolation dans la population. Désolation dont le régime actuel sait tirer profit. Les restaurations hautement symboliques entreprises par Poutine, comme la réhabilitation partielle de la gloire stalinienne, en témoignent.

Mais ce n’est pas seulement vers l’intérieur que le géant russe reprend le poil de la bête. Sur le plan international aussi les choses se mettent à bouger. Ainsi, les chances de la Russie d’être admise enfin dans les rangs de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en marge du sommet du G8, qui se tient ce weekend à Saint Petersbourg ne sont pas minces. Lors d’un point presse avec Jean Asselborn, le ministre de l’extérieur russe Sergueï Lavrov a confirmé que les négociations avec les Etats-Unis, dernier obstacle avant l’adhésion, allaient bon train. Et pour cause: dans un marché mondial de plus en vorace en énergie, la Russie qui fournit 35 pour cent du gaz européen et 30 pour cent du pétrole est loin d’être une quantité négligeable. Surtout si on garde en tête l’épuisement des ressources européennes.

L’alternative russe est devenue incontournable. Et les coopérations, là où elles sont possibles, s’intensifient. Même avec des partenaires qui semblaient jusqu’à présent ne pas compter vraiment. Comme le Luxembourg. Tout au long de la visite, le côté russe n’arrêtait pas de mettre l’accent sur le rôle postitif de la présidence luxembourgeoise de 2005. A l’avenir ce sera plutôt l’économie qui marquera les liens diplomatiques russo-luxembourgeois. Si l’avant dernière visite d’une délégation économique luxembourgeoise regroupait une petite dizaine d’entrepreneurs, celle de ce printemps en comptait déjà une cinquaintaine. De plus, une visite en sens inverse s’annonce. Les pays européens dont la croissance est rampante pour la plupart, sont attirés par la croissance russe qui atteint les 6,8 pour cent. Pourtant ce pot de caviar renferme aussi des surprises moins appétissantes.

La Russie ne devrait-elle pas changer son appoche du problème tchétchène? Njet, souffle le Kremlin, il n’y a pas de problème. La grande nouvelle Russie n’aurait-elle pas besoin d’aide? Jamais, selon les responsables. C’est d’ailleurs une des explications de la nouvelle loi restrictive sur le travail des ONG en Russie. Mais cette croyance en la nation russe et en son indépendance économique, voire en son statut de superpuissance peut étre trompeuse pour tout le monde. Car en ce moment, la Russie ne fait qu’exploiter ses réserves naturelles et n’exporte pas grand chose excepté du gaz, du pétrole et des armes. En matière de stratégie de développement on a déjà vu plus subtil. Il se peut donc que cette effervescence ne soit que de courte durée. Ou, même pire: qu’elle cache une grande stagnation.


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