HIP HOP: Yo, deng Mamm

Z-Town Massiv, De Läb, Uranami – tous des noms auxquels on fera mieux de s’habituer, car c’est officiel: le hip-hop (en) luxemborgeois existe bel et bien.

Rapper en luxo: un vrai défi où tout reste à faire.

„Bien-sûr que tu as besoin d’un ego surdimensionné pour faire cela. Je veux dire, prendre un micro, se poser devant les gens et commencer à faire tes rimes“, raconte n.u.&z.i en remettant sa casquette dans le bon sens. On est dans une cuisine moderne et bourgeoise, quelque part dans le Sud du pays. Et non, il n’y pas de jeunes femmes à poil qui bougent leur cul sur des beats sexy et le truc qu’il tire de sa poche n’est pas un Magnum 45, mais un portable un peu vieux jeu. Premier constat: le hip-hop luxembourgeois n’est pas du gangsta rap copié-collé des clips sur MTV. „Tout est encore à faire dans la scène ici“, raconte le fraîchement converti. En fait, la scène rap est au même stade d’évolution que la scène rock il y a dix ans. „On ne va quand même pas proposer une Rap-Hal“, rigole-t-il. Même s’il est bien placé pour le savoir, car en 1997 il prenait aussi sa part active dans des groupes de rock alternatif, une scène alors naissante. C’est de cette période aussi que date sa première collaboration avec DJ PC. Ce qui ne veut pas forcément dire qu’il soit politiquement correct – il se trouve juste que ce sont ses initiales.

Mais avant de voir en détail ce que fait le hip-hop luxo, il faudra bien faire le ménage des clichés véhiculés sur cette musique. Comme le rock de nos jours, le hip-hop vient de la tradition du blues. „Les racines du hip-hop plongent aussi bien dans les lamentations des esclaves noirs sur les champs de coton, que celles du rock“, affirme n.u.&z.i. Mais, alors que ces lamentations ont enfanté une musique – le blues – qui, après avoir été adaptée par le public blanc est devenu la musique moderne archétypale pour presque toute la planète, le cheminement du hip-hop est un peu différent. C’est une tradition orale, plus basée sur les contenus et la spontanéité avec laquelle ceux-ci sont crées que sur la musique elle-même. Non pas que la musique ne compterait pas, mais elle se trouve releguée à l’arrière-plan. Rares sont les rappeurs à se produire sur scène avec de vrais musiciens, normalement on préfère les tourne-disques (turntables, dans le jargon). Mais l’essence même de cette musique se situe dans le free-style, entendez: improvisation vocale. „Au début, je ne faisais que cela: m’enfermer dans ma cave avec quelques potes, vider quelques bouteilles et prendre le micro pour rimer. A l’époque, je faisais mes rimes en français, ce n’est que par l’entremise de quelques amis que je me suis mis à utiliser le luxembourgeois,“ raconte-t-il.

Mise en scène commerciale

Mais qu’en est-il des clichés si souvent véhiculés? Le rap macho, gangster, qui ne parle que flingues, drogues et putes? Les origines de la violence dans le hip-hop sont à trouver dans l’habitude des MC’s (entendez: les gars derrière le microphone, à ne pas confondre avec les DJ’s derrière les tourne-disques) à se „disser“. „Disser“ quelqu’un revient à dire du mal de lui, mais de façon fair play, donc devant lui. Ainsi, lors des concerts – qui souvent fontionnent selon la méthode d’une compétition – il peut arriver que deux MC’s s’affrontent … verbalement. „Ce n’est absolument pas fait pour dégénérer. Si moi je disse un autre DJ, c’est rien d’autre que de la pure déconnade entre potes. Un moyen pour voir qui est le meilleur MC, mais pas pour savoir qui est le plus fort ou le plus méchant d’entre nous „, explique n.u.&z.i. Ces règles non-écrites n’empêchent pas que ces „batailles“ puissent mal touner. Et pas seulement aux Etats-Unis, où les rivalités entre rappeurs de la côte est et ouest ont déjà coûté la vie à plusieurs musiciens. „Au Luxembourg aussi il y a eu une scène où des gens venus de l’extérieur sont venus chercher des ennuis lors d’un concert. Et ça s’est assez mal terminé“, témoigne-t-il, sans pourtant donner plus de détails. Mais c’est là peut-être aussi un des attraits de ce milieu: se mettre volontairement en scène, exhiber ses points de vue jusqu’à ce que la provocation bascule dans l’affrontement ouvert. On aime bien jouer avec le feu dans le rap et les frontières sont souvent peu claires. Bref: il y a des idiots partout, y compris au Luxembourg. En fait, le „diss“ est devenu plutôt une pratique commerciale – qui paie énormément. „Il arrive souvent qu’en produisant un disque, un rappeur appelle un soi-disant concurrent pour l’avertir qu’il va le disser sur une de ses chansons. Alors celui-ci lui promet qu’il va répondre sur son prochain enregistrement et le succès des deux disques est garanti“.

En ce qui concerne les particularités de la scène locale, qui comme on l’a dit en est encore à ses tout débuts, n.u.&z.i, croit avoir décelé quelques détails: „Premièrement, cela se passe exactement comme avec la scène rock, la musique la plus innovatrice vient du Sud du pays. Il y a bien une petite scène à Ettelbruck – rebaptisé Ettelbrooklyn pour l’occasion – mais on n’entend pas beaucoup parler d’eux“. Et puis, le hip-hop aurait eu du mal à ses débuts pour se démarquer sérieusement des quelques produits commerciaux lancés par diverses initiatives, mais dépourvues de crédibilité: pensons une minute au plus que pénibles The Gentles, qui n’ont même pas réchignés à mettre leur musique empreinte de morale mais vide de contenus au service de l’église …

„Ce n’est pas le fait que ces gens là ont commencé à rapper en luxembourgeois, qui les rendrait crédibles. Pour moi, c’est devenu un choix d’utiliser le luxembourgeois dans mon groupe Z-Town Massiv parce-que je voulais être compris par les gens. Il s’agit de vulgariser ses propos, de se rendre compréhensible. Un peu comme Luther qui a traduit la bible en allemand,“ironise-t-il.

www.myspace.com/ztownmassiv


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