CHANGEMENT CLIMATIQUE: Incitation au catastrophisme

Les députés des trois grands partis abordent le sujet du climat sur un ton préoccupé, mais optimiste. Le peu de mesures concrètes sur lesquelles se fonde cet optimisme laisse perplexe.

S’il y a eu consensus sur un point, lors du débat de consultation sur la protection du climat mercredi dernier à la Chambre, c’est sur celui-ci: il ne faudrait pas tomber dans le catastrophisme et conforter l’idée qu’il serait déjà trop tard pour empêcher le changement climatique. Il faut agir, ont constaté les différents intervenants, il est possible d’agir, a affirmé le ministre de l’environnement Lucien Lux, nous sommes en train d’agir, a certifié son collègue de parti Roger Negri au nom du LSAP.

Afin d’étayer son propos, le député n’a pas hésité à citer une longue liste de lois et de projets de loi. Pour cela, il a du inclure des réalisations fortement controversées telles que le fonds Kyoto, des textes qui ne concernent que marginalement le climat comme la loi sur la protection de la nature et même la ratification de la convention européenne du paysage, complètement hors sujet. En fait, l’inventaire „à la Prévert“ de Negri confirme ce qu’on savait déjà: ce gouvernement n’a encore presque rien réalisé en matière de protection du climat.

Ce ne sont pas les nouvelles mesures annoncées par Lucien Lux qui amélioreront cette impression. L’idée d’offrir une prime de 750 euros à l’achat d’une voiture émettant moins de 120 grammes de CO2 par kilomètre est valable. Mais qu’on se souvienne: dès 2001, le ministère de l’environnement, dirigé par Charles Goerens et Eugène Berger, avait proposé une telle prime – pour la supprimer sous la pression du lobby automobile l’année d’après. Plus de six ans plus tard, une mesure de même type a été reconfectionnée dans une variante moins exigeante et moins généreuse: en 2001, une voiture émettant moins de 85 grammes rapportait 50.000 francs. Décidément, l’Etat luxembourgeois fait du sur-place en ce qui concerne les mesures de réduction des émissions.

Le fait de faire du sur-place serait moins grave si Lucien Lux expliquait qu’il s’agit de retards à combler et d’omissions à rattraper. Or, le ministre présente de telles mesures comme de grandes avancées dans la lutte contre le changement climatique. Suite aux mises en garde répétées d’experts et de gourous, a-t-il rappelé, le moment est favorable pour agir de manière conséquente. Mais en gonflant l’importance des mesurettes actuelles, Lux et ses collègues sont en train de gaspiller ce capital politique.

D’ailleurs, se sentent-ils vraiment en charge? Les représentants des trois grands partis ont multiplié, comme d’habitude, les appels à „chaque individu“ de prendre ses responsabilités. „Le premier rôle revient à la politique“, a contré Camille Gira des Verts. Selon lui, il serait absurde de blâmer le comportement peu écologique des gens tant que les transports en commun sont moins performants que la voiture individuelle et que l’électricité verte coûte plus cher. Le rôle de la politique serait d’agir sur les performances et les prix pour que, en suivant les règles du marché, les gens se comportent de manière écologique. Certes, l’argumentation de Gira reste prisonnière de l’idéologie du tout-marché à laquelle son parti s’est rallié depuis une dizaine d’années. Mais son intervention est nettement plus clairvoyante que l’accès de Junckermania des Verts à la suite du discours sur l’état de la nation de 2006.

La palme de la clairvoyance revient sans doute à l’ADR, parti traditionnellement tourné vers l’avenir. En effet, lors de la même séance, Robert Mehlen interpellait le gouvernement sur les mesures à prendre pour lutter non pas contre le changement climatique, mais contre les effets de celui-ci. Est-ce du catastrophisme que de demander comment se préparer aux crues, aux ouragans, aux épidémies de malaria? Non, au vu de la volonté politique affichée mercredi dernier par les partis de gouvernement, c’est une question pertinente.


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