Pascal Schumacher: Vibrations bleues

Ses diplômes auraient pu lui valoir une carrière dans l’enseignement secondaire ou dans un conservatoire de musique. Le vibraphoniste Pascal Schumacher a cependant décidé de tenter une carrière de musicien de jazz. Avec Bruxelles comme centre névralgique.

Certains critiques ne savent même pas quel est l’instrument dont joue le musicien luxembourgeois Pascal Schumacher. Notre „saxophoniste- scribe“ Jitz Jeitz a trouvé la réponse. (photo: Christian Mosar)

Notre entretien a lieu juste avant la désormais traditionnelle jam du mardi au bistrot „Liquid“ au Grund. Cet endroit est devenu, depuis peu, un lieu de rencontre animé des musiciens de jazz qui peuvent, quel que soit leur niveau, enjamber la scène et se mesurer à leurs semblables. Pascal Schumacher, qui connaît bien les nuits jazzeuses bruxelloises, constate toutefois quelques carences. „La jam au ‚Liquid‘ est bien sympathique, mais il faudrait tout de même un minimum d’équipements: une petite scène, un piano et une sono. Cette jam a été initiée par des musiciens qui doivent se contenter de ce qu’ils obtiennent. Au Luxembourg, il manque un établissement avec un patron qui se passionne réellement pour notre musique.“

Le virus du jazz, Pascal Schumacher ne l’a attrapé que depuis quelques années, et un peu par hasard, alors que sa voie semblait solidement tracée à la fin de ses études musicologiques menées parallèlement à l’université et au conservatoire de musique à Strasbourg. „J’étais plongé à fond dans la musique contemporaine quand mon prof à Strasbourg m’a suggéré de suivre aussi les cours de jazz au Luxembourg chez Guy Cabay, un vrai personnage au rayonnement européen. Je me suis alors rapidement passionné pour cette musique qui m’offre l’opportunité de jouer ce qui me plaî t. Le jazz m’a fait découvrir la liberté musicale. En même temps, je me suis aperçu qu’il n’y a pas que des génies parmi les compositeurs de musique contemporaine. Un stage en Belgique m’a ensuite permis de nouer les premiers contacts avec des musiciens de jazz belges, sans que j’aie su à ce moment que j’avais à faire à de vraies vedettes de cette scène, tant ils étaient gentils et ouverts.“

Gourou vibraphoniste

Pascal Schumacher avait pourtant envisagé de poursuivre ses études à Berlin, chez David Friedman, une sorte de gourou pour les vibraphonistes du monde entier. Malheureusement, il n’y a pas été accepté, la demande étant énorme et les places extrêmement rares. „J’avais un coup de blues. Guy Cabay m’a alors suggéré de continuer mes études chez lui à Bruxelles, ce qui, en fin de compte, n’était pas plus mal. J’ai rapidement intégré la scène du jazz. Les premiers contacts sont assez faciles, mais il faut savoir se montrer et bagarrer. J’ai arpenté les nuits bruxelloises pour assister au plus grand nombre de jams possibles, ce qui m’a valu quelques premiers engagements. Ensemble avec le guitariste Greg Lamy, j’ai décroché un ’steady gig‘ au ‚Sounds‘, un club renommé de Bruxelles, qui est en fait un laboratoire de jazz, où l’on peut expérimenter à son aise. Bien que mal payés, ces concerts sont bien annoncés dans la presse et contribuent à ce qu’on se fasse connaître et qu’on glane des engagements plus lucratifs. Ainsi, j’ai été contacté par le ‚Music Village‘ – le club le plus huppé de Bruxelles – et par le festival de jazz en Gaume où je jouerai le 9 août prochain. Je considère cela comme un grand pas en avant car, normalement, le téléphone ne sonne pas trop souvent chez les musiciens de jazz, il faut plutôt prendre l’initiative soi-même et faire des demandes pour pouvoir jouer.“

Vivre du jazz, est-ce alors envisageable? „C’est évidemment un souhait. Théoriquement, c’est possible, mais difficile. La polyvalence est une nécessité, mais une vie correcte de jazzman dépend surtout du positionnement géographique. Impossible, si on réside au Luxembourg. Même la Belgique seule ne suffit pas. J’estime qu’il faut aussi être présent sur la scène française. En Belgique, il faut lorgner plutôt vers la Flandre, car il y a des clubs à Anvers et à Gand, alors que du côté de Liège et de Namur, le jazz est plutôt mort. Et puis, la communauté flamande subventionne des orchestres de jazz. Il existe trois bigbands flamands subventionnés, où on est payés comme les musiciens classiques, alors qu’en Wallonie, il n’y a rien de comparable. J’ai déjà un pied dans un de ces orchestres, c’est peut-être une opportunité …“

Musicien-secrétaire

Pascal Schumacher pousse toutes les portes qu’il rencontre. Y a-t-il des perspectives qui se concrétisent? Quels sont ses plans concrets pour le futur? „Mon quartette régulier fonctionne assez bien et on commence à décrocher des gigs sérieux. J’ai des contacts avec un label pour la production d’un CD – mais rien n’est encore décidé -, et je participe au projet ‚Stroke X‘, une grande formation avec six percussionnistes et deux DJs. Nous avons joué trois concerts au Luxembourg. Un quatrième concert vient de se finaliser. Nous jouerons la veille de la fête nationale, le 22 juin, à la place de la Constitution, juste après le feu d’artifice. C’est un spectacle qui nécessite de grands moyens et que l’on destine aussi à l’exportation. On a vite fait le tour des organisateurs luxembourgeois.“

Le musicien de jazz doit aussi avoir des qualités de manager et de secrétaire. Et parfois même celles d’un déménageur de meubles, car Pascal Schumacher doit quotidiennement trimballer un vibraphone d’un endroit à l’autre. Ce qui le gêne moins que le constat que les gens ne connaissent toujours pas son instrument. „Il est fatigant de toujours devoir expliquer la différence entre le xylophone et le vibraphone (pour ceux qui veulent en savoir davantage: http://www.thevibe.net, note du saxophoniste-scribe). En fin de compte, c’est peut-être normal, puisque les gens voient davantage de pianos que de vibraphones. Il est tout de même écoeurant de retrouver cette ignorance dans les médias: dans une critique à mon égard, parue dans un quotidien luxembourgeois, un journaliste aussi hautain qu’apparemment incompétent avait même avoué ne pas savoir le nom de mon instrument! Mais je vois aussi un côté positif: le vibraphone étant assez rare et peu connu, j’ai peut-être davantage de chances de pouvoir percer. Les pianistes ont une concurrence autrement plus étoffée!“

Jitz Jeitz

„Pascal Schumacher – Greg Lamy 4tet“ en concert au Centre Culturel à Mensdorf, le vendredi, 23 mai à 21 heures, dans le cadre du festival „Musek am Syrdall“.


Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.