PHOTOGRAPHIE: Birth of a Nation

L’exposition « Images d’un pays souverain. Le photographe Charles Bernhoeft et l’identité luxembourgeoise » raconte l’histoire du premier « nation branding » luxembourgeois – sans pour autant aller dans les détails qui pourraient fâcher.

Photographe de la Cour : les princesses Sophie et Elisabeth de Luxembourg.

S’il fallut attendre 1918 et la fin de la Grande Guerre pour que la période située entre 1880 et 1914 soit appelée la « Belle Epoque », cela ne veut pas dire que ces années ne furent pas mouvementées au grand-duché. Une nouvelle dynastie venait de s’installer sur le trône, qui passait désormais aux mains des Nassau-Weilburg, l’industrialisation du Sud commençait avec les premières vagues d’immigrés italiens, polonais et allemands… En bref, le pays tournait plusieurs pages douloureuses de son histoire et souhaitait désormais aller de l’avant. Ce fut aussi une époque positiviste et de croyance dans le progrès – du moins industriel, le sociétal pouvant encore attendre.

Une époque idéale donc pour quelqu’un comme Charles Bernhoeft, un passionné de la photographie, un pionnier technique qui développa des procédés révolutionnaires en son temps, mais surtout un commerçant rusé qui savait vendre tant au peuple qu’aux élites et aux aristocrates. Ce fils d’un sous-officier prussien et d’une Luxembourgeoise sera assez vite nommé « photographe de la Cour » par le grand-duc Adolphe qui venait d’accéder au trône. Ce dernier avait compris que la photographie pouvait aider à établir un lien plus étroit avec le peuple encore un peu méfiant envers ses nouveaux souverains, qui d’ailleurs ne séjournaient pas toute l’année dans « leur » pays. Des séries de portraits de famille, mais aussi – plus tard – des témoignages de la « joyeuse entrée » en fonction de son fils Guillaume, ainsi que des séries de cartes postales représentant les princesses du Luxembourg et donc aussi les futures régentes Marie-Adélaïde et Charlotte témoignent de cette opération de communication aristocratique. Même si cette dernière ne put empêcher le presque avènement de la République et l’abdication de Marie-Adélaïde après la Première Guerre mondiale.

Au-delà de la famille grand-ducale, Bernhoeft publia aussi de nombreux albums de vues de la ville de Luxembourg, mais aussi d’autres localités. Cela pour aider au développement d’un nouveau secteur alors en plein essor : le tourisme. Pourtant, ces images d’Epinal avaient aussi un autre but, dirigé vers la population luxembourgeoise. Il s’agissait de faire naître, à travers la représentation photographique, un nouveau patriotisme – une chose qui, dans un pays qui venait juste d’accéder à l’indépendance, n’allait pas toujours de soi.

Bernhoeft exploita également une troisième mine d’or : les commandes passées par de riches industriels. Enfin, il publia aussi « Das Luxemburger Land in Wort und Bild », le premier magazine illustré luxembourgeois, rempli de portraits dithyrambiques de notables locaux, d’aristocrates et du clergé. Malheureusement pour lui, la publication cessa après quelques mois, les frais étant trop élevés.

Si une certaine conscience historique est bien présente dans l’exposition sous forme embryonnaire, il manque tout de même une plus grande mise en contexte pour bien saisir cette époque dans toute sa complexité. Autrement dit : cette exposition – même si bien faite – ne suffira pas à tirer le Musée des Trois Glands de son sommeil de Cendrillon.

« Images d’un pays souverain. Le photographe Charles Bernhoeft et l’identité luxembourgeoise », au Musée des Trois Glands jusqu’au 27 octobre.


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