JUSTIN SIMIEN: Noir sur blanc

« Dear White People » est le premier long métrage du réalisateur Justin Simien. Une aubaine satirique sur une Amérique en recherche de repères – et un film critique sur l’ère Obama.

Une satire acerbe qui n’épargne personne.

Outre son nom qui tient déjà de l’ironie, Sam White a de gros ennuis sur son campus. Animatrice d’une émission appelée « Dear White People » sur la radio de l’université de Winchester, grosse fac d’élite américaine dominée depuis toujours par l’élite blanche, la jeune métisse étudiante en médias, née d’un père blanc et d’une mère noire, est devenue un peu malgré elle l’égérie d’une révolte sur fond racial qui sape la vie harmonieuse du campus. Un campus sur lequel la ségrégation semble toujours exister, vu que les résidences universitaires sont divisées : il y en a pour les « Frat Boys » plus blancs que blancs, pour les Américains asiatiques et pour les Noirs. Mais cela ne semble pas déranger grand monde, les Noirs étant plutôt fiers de tenir « leur » maison.

Tout change lors d’un conflit mineur autour de cette résidence justement, dont elle gagne la présidence à sa grande surprise, alors que tout indiquait que ce serait Troy, son ex et fils du doyen – noir – fraîchement nommé de l’université. Catapultée à un poste à responsabilités, Sam peine à calmer les ardeurs qu’elle a elle-même échauffées avec son émission, pleine de commentaires sarcastiques sur les élites blanches et la bonne conscience envers les Noirs qu’elles auraient intégrés. Lorsque les « Frat Boys » décident de répliquer en organisant une fête d’Halloween sur le thème « Libère le nègre en toi » où ils posent tous en gangsters rappeurs, une bagarre éclate et c’est tout Winchester qui se retrouve chamboulé, se demandant comment on a pu en arriver là…

« Dear White People » est une de ces rares fables sur le racisme qui échappent au schéma habituel, qui veut qu’il y ait toujours un offenseur et une victime. Ici, le racisme est montré comme une libération de la parole – une libération dangereuse. D’abord par le biais de l’émission de Sam White, dont la dénonciation de la bien-pensance blanche va vite trouver un écho dans toutes les communautés qui peuplent le campus. L’escalade qu’elle enclenche est ponctuée de préjugés vrais ou faux que ces communautés cultivent l’une envers l’autre plus ou moins secrètement. Ce sont les clichés les plus communs sur les Noirs toujours si revendicatifs, les Blancs toujours soucieux de garder leur hégémonie culturelle et financière et les Asiatiques passifs qui vont éclater le soir de la bagarre et qui vont finalement mettre en question la « political correctness » qui domine la culture américaine depuis les années 1990.

L’avantage de « Dear White People » est qu’il montre des préjugés sans pour autant juger. Sur un air de comédie, le film dévoile la cupidité de la société américaine blanche, noire et asiatique et en tire un portrait au vitriol. Si on y ajoute que le tout se passe dans une histoire cadre qui implique un producteur de télé-réalité à la chasse aux scoops sur le campus, le propos de « Dear White People » n’en est que perfectionné.

Un petit hic de ce film qui fait beaucoup rire – jaune – est la complexité des propos tenus et le manque d’explications sur les rituels internes du système universitaire américain. Pour un spectateur issu du Vieux Continent, en effet, certains faits ou discours sont parfois difficiles à suivre. Pourtant, cela ne gâche en rien le plaisir de voir un film sur une civilisation qui, fort heureusement, sait toujours parvenir au point le plus important, ce qui la définit et la qualifie en tant que telle : le don de rire de soi.

À l’Utopolis Kirchberg.


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