Histoire
 : Un mariage clé


Le 22 juillet 1893, le grand-duché de Luxembourg célébrait son premier grand mariage royal. Cette union mélangeant passion et politique est évoquée dans la nouvelle exposition du MNHA.

(Photo : C. Bernhoeft, 1893 ; photothèque de la Maison grand-ducale)

En collaboration avec la Cour grand-ducale et l’ambassade du Portugal, le Musée national d’histoire et d’art consacre actuellement une exposition aux 125 ans de mariage du grand-duc Guillaume IV avec la grande-duchesse Marie-Anne de Bragance. Environ 70 objets et documents de l’époque racontent leur histoire.

Marie-Anne de Bragance et Guillaume de Nassau se sont connus pendant une fête familiale en 1880. À l’époque, les parents de Marie-Anne, le roi Michel 1er du Portugal et la princesse Adélaïde de Löwenstein-Wertheim-Rosenberg, vivaient exilés en Allemagne. En 1884, le prince Guillaume demanda une première fois à son père, le grand-duc Adolphe, l’autorisation de se marier avec Marie-Anne. Ce dernier, un luthérien convaincu, refusa, évoquant les origines catholiques de la future grande-duchesse. Il finit toutefois par 
acquiescer pour des raisons politiques : le mariage de son fils lierait deux importantes dynasties européennes, Marie-Anne était catholique comme la grande majorité des Luxembourgeois et la continuité de la récente maison souveraine du Luxembourg serait ainsi assurée.

Le mariage eut lieu le 21 juin 1893 en Autriche. Un mois plus tard, le nouveau couple grand-ducal eut droit à un pompeux accueil dans la ville de Luxembourg. Les documents et les photos prêtés par la Cour grand-ducale sont sans équivoque quant à l’ambiance jubilatoire autour de l’évènement.

Guillaume IV arriva au trône en 1905, suite au décès de son père. Toutefois, son règne ne dura pas longtemps pour cause de maladie. Marie-Anne de Bragance fut ainsi nommée régente entre 1908 et 1912, jusqu’à ce que leur fille aînée (Marie-Adélaïde) atteigne la majorité.

Grâce à ce mariage, les femmes purent régner sur le grand-duché. En effet, Marie-Anne de Bragance et Guillaume n’eurent que des filles, et en 1907 le pacte de la famille de Nassau dut être altéré afin de permettre l’accès au trône des héritières. Le Luxembourg connut ainsi une féminisation de la fonction de cheffe d’État jusqu’en 1964. Cela contrastait évidemment avec le monde politique de l’époque, exclusivement masculin. Pour rappel, la Finlande fut le premier pays au monde à accorder le droit de vote aux femmes, le 1er juin 1906. Au Luxembourg, celui-ci fut accordé en 1919.

L’exposition mériterait une salle moins exiguë. Toutefois, les objets en vitrine permettent, certes de façon succincte, à tout visiteur luxembourgeois ou étranger de réviser ou de découvrir cette période charnière de l’histoire de la monarchie luxembourgeoise. À l’instar de l’exposition qui a eu lieu en décembre 2016 et qui célébrait les 125 ans de relations diplomatiques entre le Luxembourg et le Portugal, il est une fois encore démontré que les relations entre les deux pays ont débuté bien avant l’accord bilatéral sur le recrutement des travailleurs portugais, signé le 20 mai 1970 à Lisbonne et ratifié par la Chambre des députés le 11 avril 1972.

On quitte surtout l’expo avec une de ses photos emblématiques en tête, celle qui dans un cadre bucolique met en scène Marie-Anne de Bragance et Guillaume IV sur une petite barque. Ce cliché est pour le moins imprégné de symbolisme : à l’inverse de tous les codes de galanterie, il incombe à la grande-duchesse de ramer pendant que son époux savoure un cigare. Décidément, Marie-Anne de Bragance était destinée à prendre les choses en main.

Jusqu’au 23 septembre au MNHA.

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