Paradise Papers : L’enfer, c’est les autres

Les Paradise Papers défraient la chronique depuis hier soir – cette nouvelle fuite gigantesque démontre que ce ne sont pas uniquement des criminels qui cachent leur pactole dans les paradis fiscaux. Le Luxembourg n’est d’ailleurs pas étranger à ce business.

Même pas besoin de voyager, votre argent peut aussi partir se cacher depuis le Luxembourg (photo : woxx)

Après les véreux, les nantis. C’est ainsi que l’on pourrait résumer le fond des Paradise Papers, sortis dimanche soir par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) en collaboration avec pas moins de 94 partenaires média à travers la planète. Alors que les Panama Papers avaient mis l’accent sur l’argent criminel caché dans la république d’Amérique Centrale, les Paradise Papers se concentrent sur la mobilité de l’argent des ultrariches et sur leur faculté à le faire disparaître quand le fisc essaie de s’emparer de sa part.

C’est encore une fois un cabinet d’avocats qui a été victime d’une fuite. Appleby, fondé en 1890 dans les Bermudes, est une des boîtes les plus renommées mondialement dans la finance offshore. D’après ses propres informations, Appleby emploie quelque 470 personnes (les 60 entreprises partenaires incluses) dans 10 bureaux à travers le monde. Donc un vrai « global player » de l’économie parallèle, qui vient de voir arriver 6,8 millions de ses fiches entre les mains de l’ICIJ.

Une succursale au Luxembourg ?

En parcourant un peu les révélations déjà faites, on constate qu’encore une fois le monde politique – cette fois ça tombe sur l’entourage politique de l’everybody’s darling, le premier ministre canadien Justin Trudeau, et sur la reine d’Angleterre en personne – et celui des riches et célèbres – comme le chanteur irlandais Bono, qu’on ferait mieux de rebaptiser Pro Bono, vu qu’il n’en est pas à son premier scandale, après l’histoire concernant un trust aux Pays-Bas – vont encore trinquer. D’autres célébrités vont aussi suer du sang à cause de leurs jets privés enregistrés dans l’île de Man, car il paraît qu’Appleby justement se spécialisait dans ce domaine.

Mais pas uniquement : les grandes banques et l’industrie sont aussi dans la ligne de mire. Tout d’abord Glencore, déjà pas en odeur de sainteté auprès de la société civile à cause de multiples accusation d’abus dans ses mines de cuivre et de cobalt sur le continent africain. Le discret géant des matières premières est soupçonné d’avoir mis en place un système d’« optimisation fiscale » très juteux pour ses actionnaires. D’autres vont nécessairement suivre, l’ICIJ ne lâchant les informations, comme d’habitude, qu’aux compte-gouttes, histoire de retenir l’attention internationale sur le sujet.

Et le Luxembourg dans tout cela ? Normalement, des révélations de cette taille ne vont pas sans dommage collatéral pour la place financière nationale. Eh bien, si Appleby n’a pas de bureaux au Luxembourg, une de ses firmes partenaires – son ancienne branche fiduciaire pour être précis, rebaptisée Estera en avril 2016 – a acquis en juillet 2017 une firme luxembourgeoise du nom de Headstart sàrl. Spécialisée dans les « corporate services », Headstart s’occupe aussi de l’aviation privée (selon le site d’Estera), au cœur des révélations des Paradise Papers. Comme quoi, si le Luxembourg n’est pas au centre des nouvelles fuites, il y aura tout de même l’une ou l’autre piste à suivre dans les jours et les semaines qui viennent.


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