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 : Du cru à mâcher


« Raw Identities », la sélection de travaux vidéo à voir dans la BlackBox du Casino en ce moment, démontre que le thème de l’identité n’a pas cessé de passionner les artistes contemporains – les spectateurs peut-être un peu moins.

Toujours fringant, le thème de l’identité traverse les sphères de l’art contemporain telle une comète dont certains ne se lassent plus. Ce terme à l’étymologie aussi riche que paradoxale a de quoi fasciner. Il représente à la fois l’idée qu’une chose est la même qu’une autre ou que plusieurs choses peuvent être comprises sous la même idée ; il peut définir justement l’unicité de l’individu telle que décrite au plus basique sur sa carte d’identité – les possibilités de la décliner semblent infinies. Tellement infinies d’ailleurs que l’idée de l’identité a été accaparée ces dernières années par les individus les plus cons de la planète, l’extrême droite et ses mouvances identitaires, qui infestent même le milieu politique avec leurs logorrhées malodorantes.

Si « Raw Identities » n’entre pas dans l’analyse du discours de l’extrême droite, l’exposition représente tout de même un beau tour d’horizon de la thématique. À commencer par l’artiste américaine Sarah Hill et sa pièce « Step This Way », qui met en scène les problèmes de la transidentité. Dans un contexte presque quotidien, l’embarquement à l’aéroport, elle pose la question du genre au moment de l’identification par les autorités. Utilisant des poupées pour illustrer son propos, elle met le doigt sur le calvaire que vivent les personnes transidentitaires à chaque fois qu’elles doivent décliner un genre auquel elles n’appartiennent pas. La façon ludique dont elle procède enlève un peu à l’aspect dramatique de la question, sans pourtant ôter le sérieux du propos. Une belle entrée en matière.

Car après, cela deviendra un peu plus sombre. D’abord avec l’œuvre aussi simple qu’émouvante de l’artiste messine Violaine Higelin, « Fearless », où elle s’expose sur un plan et sans montage au spectateur. Une sorte de porno spirituel où l’on peut apercevoir les faces les plus intimes de l’artiste – sans en saisir le contexte. « Fearless » est en effet une mise à nu courageuse, qui provoque aussi bien l’empathie que l’étonnement et amène le spectateur à remettre en question aussi un peu son intimité à lui.

Utilisant à peu près la même technique du plan unique et frontal, il y a ensuite la démarche de l’artiste américaine Tameka Norris (connue aussi sous le nom de Meka Jean). Sur le ton de l’anecdote, celle qui sur son site affirme avoir officié en tant que rappeuse, ingénieure du son, prostituée, barista, dealeuse occasionnelle, opératrice téléphonique et star de l’art contemporain évoque les difficultés de la vie d’artiste. Mise sous pression par deux expositions solo à Londres – ses premières dans la capitale britannique –, elle raconte ses déboires avec les galeristes, l’impact du stress sur sa vie émotionnelle et sur son compte bancaire tout comme sur sa santé. Une mise en abîme de l’identité de l’artiste à l’âge néolibéral, où l’essence de la plus-value culturelle est en train de perdre le match contre les valeurs mercantiles. « My First Soloshow » est bien plus qu’un travail d’artiste à artiste : il renseigne aussi sur la place du créatif dans notre société – souvent au bout de la chaîne alimentaire du business artistique.

Quelques degrés plus sombre encore, le travail présenté par Anthony Marquelet, « Ego Divina Google Maps ». Son œuvre, tournant d’habitude autour de ses thèmes obsessionnels – le drag et la religion –, est ici déclinée autour d’une performance altérée par un effet vidéo plutôt étonnant : une carte Google de Séville où Marquelet a pris ses marques biographiques et qu’il décline comme une seconde peau.

« Raw Identities » n’est pas la réinvention de la roue en matière d’art contemporain, mais montre bien que le thème de l’identité est loin d’avoir fini de nous passionner.

Au Casino jusqu’au 29 janvier.

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