LOST IN TRANSLATION: Une réalisatrice se cherche

Avec des films comme „Lost in Translation“, Hollywood cherche de l’inspiration au pays du soleil levant. N’en déplaise, cette comédie s’avère peu japonaise et plutôt débridée.

Sofia Coppola et Bill Murray dans les rues de Tokyo, pendant le tournage du film.

Park Hyatt, Tokyo, rendez-vous des Occidentaux égarés au pays du soleil levant. Bob Harris est venu noyer pour une semaine la crise de la cinquantaine dans un bar à whisky. Alors que sa carrière d’acteur semble prendre l’eau, il a accepté un contrat tout en étant persuadé qu’il devrait plutôt être auprès de sa femme et de ses enfants. Il rencontre une jeune américaine. Fraîchement diplômée, elle est mariée à un photographe de la jet set qui semble d’avantage se soucier de ses modèles. Désabusés car délaissés, déphasés et insomniaques, ils passent leurs nuits blanches ensemble. Une relation étrange s’installe.

Manifestement, le Japon débarque en force sur nos écrans cette année. Hollywood surfe sur la vague de l’opinion américaine, détournée de l’Europe, et cherche de l‘ inspiration dans le pays des nouveaux alliés. Le dernier film de Sofia Coppola s’inscrit dans cette tendance, ancrant des personnages américains dans l’espace et le temps nippon. A cet exercice, la fille du maître arrive pourtant à peine à convaincre. Si l’errance dans l’univers nocturne japonais a de quoi aguicher un public curieux, l’accent onirique et les trouvailles humoristiques de cette oeuvre ne valorisent guère la culture japonaise. En définitive, on aurait pu tourner ce film n’importe où. Légèreté, quand tu nous tiens.

Hantée par son passé et par l’acharnement de la presse contre elle, il semblerait que Sofia Coppola n’ait pu se consacrer entièrement à cette oeuvre. Une enième tentative de prouver qu’on peut faire du 7e art, indépendamment de l’héritage parental?

Ce film, où la nuit est dominante, pourrait être intéressant vù sous un angle psychanalytique. Dans ce contexte, le regard ne peut être qu’indulgent envers une cinéaste qui se cherche, tentant de chasser la nuit tout en se délectant de ce que celle-ci lui apporte. Et l’ombre du père, omniprésente. Ceci dit, Sofia Coppola a fait des progrès remarquables.

Depuis son premier long-métrage, „Virgin suicides“, il y a cinq ans, la réalisatrice a acquis un nom et une personnalité bien à elle. Révolue l’époque où la presse people la cataloguait de „fille de“ ou de „femme de“. Ayant grandi à l’ombre des caméras de papa, puis protégée sous la casquette de Spike Jones, elle volerait enfin de ses propres ailes. Du moins, selon l’avis de certains critiques. Après avoir touché à tout (la mode, la musique, le cinéma …) et surmonté sa dépression générée par la pression parentale, Sofia se consacre à la photographie qui l’amène à faire de fréquents voyages … au Japon, pour des magazines de mode. Alors qu’une certaine autonomie se profile, le parrain refait surface et pousse sa protégée à se lancer dans la réalisation. Sofia nous livre „Virgin Suicides“, portrait post mortem d’adolescentes à travers le prisme évanescent du souvenir. Elle semble avoir un penchant pour la distorsion de la réalité. Son dernier film le confirme: „Lost in Translation“ baigne dans l’univers embué et glauque de la somnolence. Le délire est omniprésent et on ne peut s’empêcher d’assister au dessin cinématographique d’une rupture avec le père.

Hélas, le regard de la réalisatrice, à l’instar de ses personnages, demeure superficiel et son film sans direction précise. Le spectateur tâtonne dans un flou artistique plus ou moins recherché.

Contrairement à Francis Ford Coppola, dont les personnages s’affirment par la rébellion, sa fille a choisi la voie analytique pour trouver un élan créatif. Se serait-elle perdue dans sa quête? Le titre du film nous le suggère timidement.


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