REFERENDUMS: Le réveil des Européens

Au lieu d’une vague de ratifications, les partisan-e-s du traité constitutionnel se sont déjà pris deux tsunamis. Le modèle libéral est-il proche du naufrage?

„Je ne vous comprends pas!“ En paraphrasant à l’inverse l’un de ses historiques prédécesseurs, Jacques Chirac venait de résumer la crise de régime qui parcourt non seulement la France ou les Pays-Bas, mais une bonne partie de l’Europe. Le quotidien néerlandais De Telegraaf va même plus loin: c’est une „punition sévère à l’ordre établi“ que les électeurs et électrices hollandais ont infligé en refusant à 62 pour cent le traité constitutionnel.

Pourtant, tout avait bien commencé. Si bien que Jean-Claude Juncker, a un moment ou un refus du texte ne paraissait que peu probable, s’était offert le luxe de brandir la menace de sa démission. Gageons qu’aujourd’hui, il se serait abstenu de mettre ainsi en jeu son propre destin politique.

Les partisan-e-s du „oui“ n’avaient pourtant pas lésiné sur les moyens. Très tôt, au mois de février, les citoyen-ne-s de l’Etat espagnol ont été appelé-e-s aux urnes. Tablant sur un raz-de-marée pro-consitutionnel, les dirigeants de l’Union attendaient de l’Espagne qu’elle envoie un signal clair au-delà des Pyrénées. Mais malgré une campagne médiatique en faveur du texte tristement antidémocratique, l’approbation au traité fut plutôt tiède.

La plupart des commentateurs voient dans les résultats français et néerlandais un „divorce entre l’élite et le peuple.“ Rien de plus, en somme, qu’un ras-le-bol du petit peuple dépassé et dont les craintes sont, accordent-ils magnanimement, compréhensibles bien que tout à fait à côté de la plaque. Ben Fayot espère pour sa part que les Luxembourgeois-e-s se montreront assez „matures“ pour ne pas imiter leurs voisins français.

Plus que l’arrogance des faiseurs d’opinion officiels, c’est leur naï veté qui étonne. Et encore plus que leur naï veté, leur perte de perspicacité politique. Tel un père violent qui ne comprend pas pourquoi ses enfants lui refusent leur affection et leur reconnaissance, ils ne réalisent même plus leur discrédit.

L’erreur majeure des bêtes d’intelligence pro-oui est de croire que la politique se satisfait de symboles et d’une bonne communication. En effet, que se passe-t-il dans la tête d’un ouiouiste socialiste, lorsqu’il appelle à doter l’Europe d’une majorité social-démocrate afin de freiner le libéralisme? Il n’y a pas si longtemps encore, la gauche détenait 13 des 15 Etats-membres d’alors. A l’époque, le frein devait être méchamment rongé.

Indépendamment des résultats, le débat fut hautement politique. Les raisons du rejet sont multiples: il ne peut d’ailleurs en être autrement à moins de relier tous les esprits à un cerveau central. Au-delà du seul texte, le débat porte non seulement sur l’Europe, mais sur son orientation politique et économique. Ni les Français-es, ni les Hollandais-es n’ont voulu sanctionner directement leurs exécutifs respectifs, mais ont signifié clairement la politique qu’ils rejettent. Au grand dam des partisan-e-s du oui, le non de gauche a surplombé le refus d’extrême droite.

Bonne nouvelle pour les amoureux de l’Europe: pour la première fois de son histoire, les discussions sur l’Union ont désormais lieu au-delà des plateaux de télévision ou des assemblées parlementaires. Mauvaise nouvelle en revanche pour celles et ceux dont l’imagination politique est incapable d’envisager une alternative au système actuel: incontournable ou pas, l’économie libérale n’est plus la bienvenue.


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