CHOMAGE DES JEUNES: Le monde selon Jean-Claude

„Beaucoup de jeunes partent d’abord en vacances et ne recherchent un emploi qu’en septembre. S’agissait-il d’un dérapage contrôlé ou d’une provocation mal étudiée de la part de Juncker? La démagogie a ses limites, surtout lorsqu’elle se heurte aux réalités.

Ils se rangent volontiers du côté de l’aile „sociale“ du CSV. Ils viennent du sud du pays et fiers d’être issus de milieux ouvriers. La défense du travailleur et de sa dignité constituent leur principal fond de commerce. Jusqu’à présent, ils ont réussi avec un certain brio à convaincre les foules et même une partie de l’élite intellectuelle de gauche de leur proximité avec le monde ouvrier. Et il faut l’avouer: faire passer des lois qui démantèlent en douce les acquis sociaux tout en prononçant de vibrants discours pour leur maintien est un exercice délicat.

Mais voilà, Jean-Claude Juncker et son ministre du travail François Biltgen ont leurs limites. C’est ce dernier qui avait ouvert le concours du surréalisme social: afin d’éviter que les jeunes ne restent trop longtemps locataires du douillet „hôtel maman“, il faudrait les pousser à travailler. Ces „Tanguy“ incapables de couper le cordon ombilical ont toujours existé. Mais peu de jeunes gens éternisent volontairement leur séjour au domicile parental. A partir d’un certain âge, l’appel de l’autonomie prend le dessus. François Biltgen a donné une preuve de son ignorance des effets cumulés du marché du travail et de l’immobilier sur un jeune à la sortie de sa formation.

Quant à son chef, le premier ministre, on se demande toujours ce qui lui a pris vendredi dernier lorsqu’il affirmait, du haut de sa suffisance, que le problème du chômage des jeunes était principalement lié au fait qu’ils ne s’inscriraient à l’Administration de l’emploi (Adem) qu’à partir du mois de septembre au lieu de chercher un emploi dès la fin de l’année scolaire. Après tout, cela fait 17 ans qu’il suit le sujet „professionnellement“. Justement. Juncker détenait le porte-feuille de l’emploi de 1982, lors de son entrée au gouvernement, à 1999. Les emplois créés, c’était lui. Mais pas les licenciements et la montée du chômage. Là, c’est la faute à Voltaire.

De deux choses l’une: soit Juncker ne maî trise plus vraiment ses paroles – chose étonnante pour un chef de gouvernement si médiatique -, soit il a tenté de recourir à une de ses méthodes préférées lorsqu’il se retrouve dans une situation délicate: la démagogie. Autre possibilité que nous n’osons pas imaginer: il confond l’arène médiatique avec le zinc de son café du commerce préféré.

Ce que Juncker ne semble pas comprendre, c’est que les jeunes d’aujourd’hui ne vivent plus comme leurs prédécesseurs de la génération d’après-guerre. Celles et ceux qui n’ont pas subi la guerre comme leurs parents et n’ont pas non plus connu le marché du travail libéralisé comme leurs enfants. Tant mieux pour eux d’ailleurs. Car, si le vingtième siècle a connu une génération „planquée“, c’est bien celle qui est née après la seconde guerre mondiale avec la paix, la croissance économique et le développement d’un certain bien-être matériel. La peur de la descente sociale ne concernait heureusement, au Luxembourg en tout cas, qu’une minorité facile à ignorer.

La jeune génération ne descend certes plus dans les mines. Par contre, de plus en plus de jeunes doivent se payer un logement qui leur bouffe la moitié de leur salaire, voire plus. De plus, ils sont abreuvés de l’idée que l’emploi à vie est une illusion, que le service public serait pour les fainéants et que le seul „way of life“ potable celui du recyclage constant dans des emplois aux salaires rétrécissants. Elle mérite autre chose que d’être sermonnée.

Les propos anti-jeunes de Juncker s’inscrivent néanmoins dans l’air du temps. Les contre-réformes libérales nécessitent des sacrifices et il faut préparer psychologiquement la jeune génération à y consentir. Juncker, comme tous ses homologues européens, s’y applique. Mais rien ne dit qu’il réussira, comme viennent de le démontrer les vives réactions d’un grand nombre d’organisations de jeunesse.

Mais nous allions presque oublier une dernière hypothèse: Juncker pourrait être en vérité un gauchiste de pure souche, qui a choisi un moyen subtil de redonner le goût de la révolte à une jeunesse luxembourgeoise bien trop sage.


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