TRIPARTITE?: Armes fourbies?

Une bataille improvisée est perdue d’avance. A quelques semaines de la tripartite, l’OGBL fixe ses conditions et veut mobiliser dans les entreprises.?

« L’OGBL peaufine sa position par rapport à la prochaine Tripartite ». Le titre que le comité exécutif du premier syndicat a choisi pour une longue prise de position publique est assez original. En règle générale, ce sont plutôt les journalistes qui ont tendance à gratifier leurs articles de ce genre de formules. L’intitulé est évocateur : l’OGBL semble déterminé à bien signifier qu’il se prépare dûment aux négociations, que les grandes lignes stratégiques sont solidement posées et qu’il connaît ses marges de manoeuvre tout comme ses limites. Ce n’est pas étonnant : la dernière tripartite, en 2006, lui est resté en travers de la gorge, notamment lorsque le gouvernement – et donc les camarades socialistes – n’a pas hésité à le « rouler » au sujet de la modulation de l’indexation des salaires.?

Depuis, le ton, aussi bien du côté syndical que patronal, est monté d’un cran. Déjà, le 16 mai 2009, les syndicats étaient parvenus à une forte mobilisation, en termes numériques : environ 20.000 personnes avaient alors défilé dans les rues de la capitale sous le mot d’ordre « Nous ne payerons pas pour leur crise », afin de faire face « à l’arrogance et à l’attitude provocatrice du patronat ». Or, là où la mobilisation avait excellé en termes de participation, elle pêchait par manque de clarté : le prix à payer pour une large coalition syndicale dans un pays peu rompu au militantisme. Les cinq mots d’ordre étaient plus que consensuels : « Pour nos emplois », « pour notre pouvoir d’achat », « pour notre sécurité sociale », « ne touchez pas à l’index, à nos salaires et à nos pensions » et « ensemble contre tout démantèlement social ». Il ne manquait plus qu’un appel contre la guerre, la famine et les maladies que le tableau eût été parfait. Par contre, dans ses propositions de réforme pour la politique de l’emploi, l’OGBL va assez loin, reprenant même des propositions avancées par la gauche de la gauche, comme l’empêchement de licenciements dans des entreprises profitables ou bien la réduction du temps de travail.?

En tout cas, les cinq mots d’ordre vont constituer la base des revendications de ce que l’OGBL appelle sa « campagne de sensibilisation dans les entreprises » auquel le Comité exécutif a « enfin » donné son aval. Malheureusement, l’OGBL ne révèle pas plus de détails concernant cette campagne. Mais celle-ci indique toutefois une nouvelle approche de la conflictualité sociale luxembourgeoise. Il faut dire que l’OGBL a non seulement pris conscience des effets néfastes de plusieurs décennies d’harmonie sociale institutionnalisée : à la longue, les réflexes de mobilisation sociale se sont endormis. Si d’un côté, la centrale n’a pas toujours été le moteur de certaines dynamiques sociales, comme lors du conflit de Villeroy et Boch, elle peine aussi, dans d’autres secteurs comme le commerce, à motiver sa base.?

Parallèlement, l’OGBL s’est fixé des « lignes rouges à ne pas franchir » : la sécurité sociale, les réductions de salaires et l’indexation des salaires et des retraites. Et comme le ministre de la fonction publique, François Biltgen (CSV), vient de laisser entendre dans une réponse à une question parlementaire du député libéral Fernand Etgen, qu’il n’allait probablement pas toucher aux traitements de départ dans la fonction publique, comme il l’avait annoncé pendant la campagne électorale, les chances que les attaques se concentrent ailleurs que sur le secteur public sont grandes. ?

Le CSV a probablement réalisé un petit coup de maître dont il a le secret : non seulement a-t-il réussi, avant les élections, à s’attirer une partie de l’électorat anti-fonctionnaires que l’ADR venait de s’aliéner, mais il se permet de revenir sur sa promesse – qui de toute façon n’est même pas si intéressante en termes d’épargne – calmant du coup un peu plus la puissante CGFP quelques semaines avant la tripartite.?

En tout cas, l’OGBL a toutes les raisons du monde de refuser que la sécurité sociale soit au menu des négociations tripartites. Le ministre de la santé Mars Di Bartolomeo (LSAP), s’il affirme ne pas vouloir toucher aux 40 années de cotisations, n’exclut pas pour autant de discuter des périodes d’assurance assimilées (par exemple, les années d’études et de formation professionnelle entre 18 et 27 ans). Car les chances sont grandes qu’elles se retrouvent comme plat de résistance sur la table du patronat.


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