PHOTOGRAPHIE: Fragments

Que Martin Linster est plus qu’un photographe de presse oeuvrant pour les canards locaux, n’est pas à expliquer. Au cours des dernières décennies, le photographe s’est fait un nom aussi bien dans la photographie de presse que dans le documentaire. Cet autodidacte, qui a fait ses premiers pas dans la photo professionnelle pour le « Gréngespoun », l’ancêtre du woxx, avant d’être recruté par le « Lëtzebuerger Land », a su développer un style personnel, unique et reconnaissable. Tellement d’ailleurs que le layout du « Land » se base aussi sur ses images grand-format.

Mais cette rétrospective en cours dans la galerie Nosbaum&Reding dans le cadre du mois européen de la photographie, est plus qu’une revue de la politique des dernières décennies. On en vient à l’essence même du style du photographe, puisqu’y sont exposés aussi bien des clichés dépourvus de contenus mais qui impressionnent d’autant plus par leur travail formel, la régularité des lignes et la composition de l’image que par leur « message ». Comme ces clichés de sièges de musiciens vides et de leurs pupitres : du pur formalisme. De même pour la photo d’un tapis et d’un pilier, qui pourrait passer pour une erreur s’il n’y avait pas un motif géométrique qui se formait sous l’oeil du spectateur attentif. Dans la même catégorie, on trouve des images floutées qui convainquent par leur coloration.

Pourtant, le principal atout de Linster est son coup d’oeil subtil mais subjectif sur la société. On appréciera particulièrement une image prise verticalement au-dessus des têtes des participants de la conférence de presse de présentation du programme de l’année culturelle 2007. Vue d’en haut, la rangée de fonctionnaires, de ministres et autres responsables prend une autre dimension. On peut étudier le détail de leurs gestes, le positionnement de leurs mains et même deviner qui ils regardent. Tandis que la première rangée des spectateurs est coupée au niveau de leurs genoux et les mains posées religieusement dessus indiquent qu’on assiste plutôt à une sorte de messe culturelle qui n’a rien de spontanée. Ainsi, Linster a démasqué la charade derrière la façade officielle sans pourtant l’insulter, sans devenir grossier.

D’autres images tirées de l’actualité se basent sur ce même procédé, comme celle de manifestants devant le siège d’Arcelor-Mittal. En somme, sa façon de composer les images tient un peu d’un procédé littéraire des débuts du romantisme : la littérature fragmentaire. Un genre qui voyait dans le fragment un concentré de la totalité. Cela implique que le fragment ouvre assez de possibilités pour que chaque lecteur – ou spectateur – puisse s’y reconnaître. C’est peut-être cela qui attire le regard sur les photographies de Linster, une certaine universalité réduite à un cliché.

Encore jusqu’au 28 mai, à la galerie Nosbaum&Reding


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