BUDGET 2003: Parents gâtés

Jean-Claude Juncker voudrait tellement qu’on dise du bien de sa politique. Or l’équilibre budgétaire, tout comme la prospérité du Grand- Duché, n’ont rien d’exemplaire. Ils ne sont dûs qu’à une habile exploitation du monde environnant.

„Si cela vous gêne de dire du bien du gouvernement, citez au moins le FMI, dont le dernier rapport déborde de louanges pour la politique financière du Luxembourg.“ Lors de la présentation du budget 2003 à la presse, le Premier ministre Jean-Claude Juncker a fait savoir ce qu’il pense des journalistes luxembourgeois-es et de la population en général: ce sont des enfants gâtés, qui ne savent pas apprécier à sa juste mesure la très intelligente et efficace politique de leurs dirigeants, qui ne pensent qu’à râler et à toujours demander plus.

Il est vrai qu’un des reproches formulés par l’opposition politique est que le gouvernement n’en ferait pas assez en matière de dépenses sociales. Le réflexe du Premier ministre de s’abriter derrière les rapports du Fonds monétaire international n’en paraît pas moins bizarre. En effet, cette organisation est depuis longtemps la cible de critiques: les politiques néolibérales qu’elle prône seraient à l’origine de la misère persistante dans les pays du Sud et de la régression sociale dans ceux du Nord. Dans un livre paru récemment, Joseph Stiglitz, ancien dirigeant de la Banque mondiale et fin connaisseur des rouages de la politique financière mondiale, a accusé les économistes du FMI de mener le monde à sa perte au nom du „fondamentalisme de marché“. Jean-Claude Juncker, qui habituellement soigne son image de „plus socialiste que les sociaux-démocrates“, s’est choisi là d’étranges amis …

Mais que dit le FMI? Il félicite le gouvernement pour les excellentes performances économiques et pour ses choix politiques sains. Ensuite il recommande une politique financière prudente pour l’avenir. Tout le crédo néolibéral y passe: modération salariale, modulation de l’indexation automatique des salaires, introduction de la capitalisation dans le système de financement des retraites. Ironie du sort, le FMI dit apprécier également que le Luxembourg soit d’accord avec une retenue à la source pour éviter un dumping néfaste en matière de fiscalité de l’épargne – un engagement que Jean-Claude Juncker n’a pris que le dos au mur.

Là comme ailleurs, le Premier ministre est passé maître dans l’art de présenter a posteriori comme des gestes généreux et des coups de génie, ce qui n’est qu’opportunisme politique. Ainsi a-t-il insisté, en parlant de l’impact des réductions fiscales sur les recettes, que ces réductions avaient été savamment calculées pour intervenir au moment le plus propice du cycle de conjoncture. En vérité, le motif premier de ce cadeau fiscal aux classes moyennes et aux entreprises avait été l’envol presque obscène des recettes publiques. Et, avaient signalé les critiques, le manque d’idées de ce qu’on pourrait faire d’utile de cet argent. Enfin, si le budget 2003 semble être ni plus ni moins en équilibre que ses prédécesseurs, c’est encore l’effet d’un tour de passe-passe: les autres années, les recettes avaient été systématiquement sous-évaluées et avaient donné lieu à de fortes plus-values, distribuées en fin d’exercice budgétaire.

A part un talent certain quand il s’agit de vendre leur politique, quel mérite pour nos dirigeants? Celui d’être habiles quand il s’agit de „monnayer notre souveraineté“, c’est-à-dire de profiter du fait qu’un petit pays peut se permettre des choses dont un grand doit se passer. Et celui de défendre bec et ongles les branches sur lesquelles est assise notre prospérité: pour le moment, essentiellement la place financière et le tourisme pétrolier. Le reste va tout seul. Certes, comme dans tous les pays, les demandes des différents ministères dépassent de loin le volume de dépenses admissible. Il est tout de même bien plus facile de trouver un accord quand ce volume croît de huit pour cent, alors que dans d’autres pays il stagne, voire se retrouve en baisse. A l’image de leurs „enfants“, nos „parents“ sont gâtés!

Un commentaire de Raymond Klein


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