ÉCOLE: L’éternel combat

L’école est un enjeu philosophique et politique. Il est normal qu’il déchaîne les passions. Au-delà des questions techniques et des procès d’intention, le woxx propose de débattre des questions de fond.

Nous n’étions pas de ceux qui furent immédiatement emballés par l’idée que le woxx organise une conférence publique au sujet de l’éducation. « Encore une », pensions-nous, estimant que le sujet était usé jusqu’à la corde. Mais finalement, nous avons bien changé d’avis. Certes, plus d’une conférence a été dédiée à ce sujet. Ce qui est normal, vu le nombre de personnes impliquées. D’une certaine manière, nous le sommes tous directement ou indirectement et l’avons tous été. Nous nous sentons donc tous plus ou moins concernés par la matière, avons nos propres points de vue, avons fait ou faisons de bonnes ou de mauvaises expériences. Et, évidemment, nous trimballons avec nous nos petits préjugés et notre mauvaise foi latente.

Le problème avec le sujet de l’éducation, c’est que si tout le monde se sent concerné, le sujet est d’une rare complexité. D’un point de vue technique tout d’abord : les chantiers sont nombreux, sont ouverts, fermés et rouverts, et s’imbriquent les uns dans les autres. Si même les professionnels ont parfois du mal à s’y retrouver, qu’en dire de tous les autres, qui observent de « dehors » ? Mais la complexité n’est pas que technique, elle est aussi philosophique. Certains nous reprochent de politiser le sujet, de catégoriser l’école dans le binôme « droite-gauche » ou « progressiste-réactionnaire ». Nous sommes conscients des limites de ce genre de compartimentation, d’autant plus que l’entendement même de ces termes ne va pas de soi pour tous et peut varier d’un individu à l’autre. Et pourtant, s’il y a bien un sujet qui est éminemment politique, qui est aussi neutre que la lave est tiède, c’est bien l’école. Il suffit pour cela de regarder en arrière : en 1912 déjà, l’introduction de l’obligation scolaire qui opposait droite et gauche, tout comme, un peu plus récemment, les réformes du gouvernement socialo-libéral (1974-1979), avec son introduction du tronc commun (dont – presque – plus personne ne veut entendre parler) et qui fut combattue puis sabordée par la droite.

La question de l’école pose plusieurs questions : la relation à l’autorité (quelle autorité ?), la ségrégation sociale, le rôle de l’école dans la société. L’école doit-elle « former » de futurs citoyens qui remettront en question l’ordre établi tant qu’il est injuste ou doit-elle préparer les jeunes à s’insérer au mieux au sein de cet ordre ? Et, évidemment, la question du savoir. Qui décide de ce qui est digne d’être enseigné et de quelle manière ? Qui décide, au nom de quels critères et de quelles valeurs, ce qui doit être formellement sanctionné ou non ? Et comment formaliser, bureaucratiquement, à l’aide de documents, l‘ « intelligence » d’un élève et, d’une certaine manière, sa valeur et sa « place » dans la société ?

La rédaction du woxx a estimé que toutes ces questions étaient trop laissées de côté. Si nous pensons que le système actuel est archaïque, pérennise les inégalités sociales, nous nous permettons également de douter de la pertinence de toutes les réformes en cours qui mêlent de réelles avancées à une logique utilitariste et trop inféodée à des considérations mercantilistes. Aussi voulons-nous à tout prix éviter les faux débats. Le métier d’enseignant est particulièrement dur et nous ne les envions pas. Et si l’on peut attendre de certains d’entre eux qu’ils se posent plus de questions à propos de leur métier, on ne peut non plus exiger d’eux d’être des parangons de perfection sans états d’âme et toujours disponibles, disciplinés et ultra-responsables. Ceci s’applique d’ailleurs aussi aux élèves. Voilà pourquoi il nous paraît important de débattre des questions de fond, sans procès d’intention, sans diaboliser des catégories et des corporations, ni pratiquer un angélisme naïf. Rendez-vous donc le 6 mars (voire page 5).


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