EXPOSITION: Art et migration

Pour sa nouvelle exposition « La face cachée des mots », le photographe Paulo Lobo, né au Portugal et immigré au Luxembourg avec ses parents à l’âge de six ans, a laissé les mains libres à tout un tas d’artistes locaux pour s’exprimer au sujet des migrations et de la démocratie.

La migration a toujours joué un rôle fondamental au Luxembourg, que ce soit l’émigration massive vers les Etats-Unis au 19e siècle, l’immigration des travailleurs italiens et portugais, ou l’arrivée des réfugiés des guerres du Balkan. Source à la fois de tensions et de création artistique, c’est un sujet délicat discuté aussi bien dans les cafés à travers le pays que lors de colloques internationaux à l’université. La nouvelle exposition de Paulo Lobo au Centre de documentation sur les migrations humaines (CDMH) donne à ce titre la parole aux artistes locaux et leur permet de s’exprimer sur la migration et la démocratie, tout en mettant en évidence les auteurs qui se cachent derrière les mots.

Puisque l’exposition réunit des portraits de 27 artistes, les ?uvres sont très différentes les unes des autres. Ce ne sont pas que des portraits de mannequins qu’un artiste aurait réalisés, mais plutôt des collaborations entre deux artistes, aboutissant à chaque fois à un résultat différent et unique. Chaque artiste apporte son style particulier et ses convictions personnelles, en intégrant certains objets et en choisissant sa pose. Cela fait que certains portraits sont plutôt drôles et légers, d’autres plus sérieux et presque tristes.

Cette grande diversité des portraits est bien sûr due à la grande diversité des modèles et de leurs origines, car même si tous les artistes appartiennent plus ou moins à la scène luxembourgeoise, ils ont tous des origines et nationalités différentes. Ainsi trouve-t-on des textes en luxembourgeois, français, allemand, anglais, italien, portugais, espagnol, bosniaque et yéniche. Il faut d’ailleurs dire que ce sont des artistes plutôt méconnus par le grand public national, ce qui constitue une sorte de plus-value de cette exposition à côté de sa portée artistique. Elle permet au spectateur de découvrir des artistes quelque peu dans l’ombre des Serge Tonnar, Guy Rewenig et autres.

La seule chose que tous les portraits ont en commun, c’est le décor original de l’ancienne piscine municipale de Dudelange, complètement délabrée et vouée à la démolition. A travers les graffitis des artistes-modèles sur les murs du bassin vide, l’art envahit cet endroit abandonné, tout comme la migration « envahit » certains endroits pour en abandonner d’autres. Il en est de même pour le lieu d’exposition : l’ancienne gare de Dudelange Usines a été transformée en galerie et abrite depuis 1996 le CDMH. Située dans le quartier italien de la ville, elle se trouve au centre d’un endroit on ne peut plus emblématique de l’histoire de l’immigration au Luxembourg.

Tout concourt donc pour former une entité homogène et diverse à la fois : le lieu d’exposition et le décor des photos, l’apport du photographe et celui de ses modèles, le mot écrit et l’image. Certaines ?uvres sont certes mieux réussies que d’autres, encore que tout dépend fortement du spectateur, qui s’identifie plus avec une citation, une langue ou une culture qu’une autre. En fin de compte, l’exposition permet au spectateur de réfléchir sur la migration et la démocratie, de redécouvrir la gare Usines et le quartier « Italie », et de découvrir des artistes locaux. Leurs biographies ainsi que des photos supplémentaires peuvent être trouvées sur le site de l’exposition.

 

A la Gare Usines Dudelange, jusqu’au 30 septembre
www.la-face-cachee.eu


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