CRISE EUROPÉENNE: Et si c’était la fin ?

Un éclatement de l’eurozone nous libérerait de l’austérité budgétaire, mais aurait un coût politique incalculable. Toutefois, la voie vers une sortie de crise « par le haut » semble bouchée.

Sauvés ? Après avoir survécu aux spéculations financières de l’été, l’eurozone a passé mercredi le double cap de la Cour constitutionnelle allemande et des élections néerlandaises. Et pourtant… La fin d’alerte risque de conforter les décideurs dans leur choix d’une politique des petits pas, alors que, pour empêcher le pire, un véritable sursaut au niveau de la forme et du contenu des politiques européennes serait nécessaire.

Le pire ? L’explosion de l’eurozone et la stagnation voire l’effondrement de la construction européenne, devenues plus probables dans la foulée de ce mercredi, seraient-elles vraiment une mauvaise nouvelle ? Au contraire, ont répondu depuis le début de la crise ceux qui, à droite et à gauche, rejettent le projet européen. Pas très grave, ont aussi affirmé ceux qui, au sein de la gauche, s’affichent pro-européens « sceptiques », mais ont déjà troqué le projet politique supranational contre l’espoir du socialisme dans un seul pays, le leur, bien entendu.

Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui, de plus en plus de pro-européens convaincus envisagent la fin de l’euro comme une délivrance. En effet, on peut désespérer de voir émerger des politiques de gauche du bourbier dans lequel se trouve l’Europe. Il est même improbable que les responsables décident de remplacer le dogme de l’austérité budgétaire par des politiques raisonnables, comme le conseillent des acteurs aussi modérés que l’intellectuel américain Paul Krugman ou le journal The Economist. Dans ces circonstances, il n’est pas déraisonnable de préférer une fin dans l’horreur – l’éclatement de l’eurozone – à la perspective d’une horreur sans fin : la spirale de l’austérité et les désastres sociaux et politiques qui s’ensuivraient.

Pourtant, l’idée d’une fin de l’euro est angoissante. Sur le plan économique tout d’abord : même si le retour aux monnaies nationales est moins pire que le maintien d’une union monétaire gouvernée de manière absurde, le coût pour les économies nationales serait considérable. Les échanges économiques entre pays européens ont profité de l’union monétaire – c’est un des rares points sur lesquels les idéologues libéraux ne nous ont pas menti.

Ensuite, sur le plan politique, les conséquences d’un échec de l’euro sont incalculables. Ce qui est quasiment certain, c’est que cela ne contribuerait pas à relancer la construction européenne. Et sa stagnation, dans le contexte d’une crise sociale, risque d’aboutir à une renationalisation généralisée des politiques économiques et des débats publics, accélérée par le renforcement des nationalismes. Sachant que cela conduirait à la régression du marché commun et de la libre circulation des personnes, que resterait-il de l’Union ?

Ces considérations devraient nous inciter – et inciter tous ceux qui croient que des institutions supra-nationales sont indispensables pour aborder les défis du 21e siècle – à souhaiter qu’une sortie de la crise de l’euro « par le haut » puisse quand même être trouvée. Hélas, on peut douter que la conscience de la nécessité d’une telle solution s’impose à la classe politique avant qu’il ne soit trop tard. Ainsi, au sein des familles politiques européennes on se heurte à un blocage : sociaux-démocrates et Verts ne sont pas prêts à construire une majorité de gauche remplaçant l’actuelle « grande coalition », tandis que la gauche radicale hésite à se doter d’une stratégie au service d’un projet d’Europe de gauche.

Et voir les difficultés que rencontre la politique des petits pas des dirigeants européens est encore plus désespérant. Peu ambitieuse, elle bute pourtant déjà sur l’imbécillité des petitesses nationales – qu’il s’agisse de la tiédeur française envers un renforcement de l’union politique, de la paranoïa allemande en matière de politique monétaire ou de l’hypocrisie luxembourgeoise en matière d’évasion fiscale.


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