PHOTOGRAPHIE: Ainsi danse le monde

Pour les « Photomeetings 2013 », la galerie Clairefontaine a invité – à côté de Roger Ballen et Massimo Vitali – la photographe espagnole Isabel Muñoz. Ses « Masterpieces » retracent sa recherche poussée dans l’esthétique du corps et du mouvement.

Derviche méconnaissable : Muñoz redonne une nouvelle vie à une danse trop longtemps cataloguée.

Comme une tulipe. Et pourtant, jamais une fleur – même si elle partage la même forme que le danseur mevlevi – ou « derviche tourneur » – dans la photo d’Isabel Muñoz – n’aurait cette grâce. L’image datant de 2008 est un cliché parfait dans plusieurs sens. Déjà, la tension entre mouvement et instant capturé dans le temps – le propre de la photographie – est parfaite. En effet, il faut regarder plusieurs fois pour comprendre ce que l’on voit : un derviche, exécutant la danse ancestrale qui consiste à tourner autour de son axe de plus en plus rapidement, pour finalement atteindre un état de transe. Mais dès qu’on a saisi ce que l’image représente, on s’aperçoit du deuxième atout majeur de ce travail d’Isabel Muñoz : celui d’avoir échappé au cliché. Car les derviches tourneurs font depuis longtemps partie du folklore oriental et leur représentation fait partie de notre conscience collective – tout comme du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco d’ailleurs. Avec cette photographie, Muñoz a réussi le tour de maître de déconstruire le cliché tant de fois représenté et d’en construire une nouvelle image – qui est en même temps une nouvelle représentation de la danse du derviche.

Née en 1951 à Barcelone, devenue madrilène à partir de ses 20 ans, Isabel Muñoz est une figure incontestable de la photographie européenne et mondiale. Membre de l’agence « VU » – appartenant au journal Libération et qui se veut une maison d’excellence pour des photographes renommés, et non une machine à cracher des images pour quotidiens et sites web – ses oeuvres sont exposées aussi bien à la Maison européenne de la photographie à Paris, comme au New Museum of Contemporary Art de New York. Et même si elle sait déjouer les clichés, elle en remplit au moins un : en tant qu’espagnole, elle est naturellement friande de danse, plus même, elle voit le monde comme une assemblée de danseurs.

C’est pourquoi elle a parcouru le monde pour photographier les danseuses les plus diverses. Que ce soit en Ethiopie, chez les Khmers, à Cuba ou en Espagne, l’objectif de Muñoz est toujours braqué sur les corps en mouvement, assujettis aux rythmes les plus différents. Ce qu’elle en tire est étonnant : loin de ne faire que dans le portrait grandeur nature, elle se permet aussi de mettre en évidence des détails sur ses images. Ainsi, des bras, des postérieurs, des bouches et autres parties de l’anatomie humaine se baladent sur ses photos de taille toujours extra-grandes comme menées par une grande danse universelle.

Car c’est probablement cela qu’Isabel Muñoz recherche : l’universalité par la diversité – et si cela s’accompagne encore de photographies noir et blanc d’une telle esthétique, on saisit vite son message avec plaisir.

A la galerie Clairefontaine, Espace 1 et sous les arcades de la rue de l’eau, jusqu’au 19 octobre.


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