RYAN GOSLING: Le monstre du lac

N’est pas David Lynch qui veut – malgré des images très belles et des idées intéressantes, « Lost River » est comme une sauce qui ne prend pas.

Plein d’images mystérieuses, « Lost River » manque de cohérence.

Ça commence sur des airs de crise que nous connaissons trop bien : quelque part en Amérique du Nord profonde, une petite ville, Lost River, est devenue la proie des spéculateurs. Les habitants ont souscrit des crédits et des hypothèques totalement fantaisistes et n’arrivent plus à payer leurs maisons. Des massacres d’habitations à la pelleteuse rythment dès lors leurs journées. Le point de départ du premier film écrit et réalisé par l’acteur Ryan Gosling est donc la fameuse « crise des subprimes », qui s’est transformé en cataclysme mondial dont la planète ne s’est toujours pas remise.

Au lieu de continuer sur la piste du cinéma social, Gosling préfère entraîner le spectateur dans un monde absurde et surréel, où les chemins et les significations se perdent. C’est l’histoire de Billy, mère de deux garçons, Bones et Franky – le premier est un ado et le deuxième un bout de chou d’à peine trois ans. Pour pouvoir garder sa maison, elle accepte un travail proposé par le directeur d’une banque dans une sorte de cabaret – très, très – macabre. Bones se brouille avec Bully, un autre jeune qui fait la loi dans la ville décrépie, sur un trafic de cuivre extrait des maisons en ruine. Ce n’est que l’apparition de Rat, la belle et jeune voisine de la famille, qui le met sur la bonne piste et l’aide à briser la malédiction qui plane sur Lost River depuis les années 1950.

On ne peut pas reprocher à Gosling de ne pas savoir comment mettre en scène des images époustouflantes et lourdes d’atmosphère. Surtout celles qui se passent au cabaret présentent des cadrages et des couleurs marquantes – qui rappellent néanmoins beaucoup deux films de David Lynch : « Lost Highway » et surtout « Mulholland Drive ». Ses personnages sont bien dessinés aussi. De Bully le mafieux fou furieux et son fétichisme pour les ciseaux, en passant par Rat, meurtrie par la solitude, jusqu’à Billy, la mère prête à – presque – tout pour protéger son petit bout de rêve américain.

Pourtant, le bât blesse en ce qui concerne la cohérence et certaines séquences du film. Pourquoi un petit con comme Bully fait-il la loi ? Quel rapport entre la « crise des subprimes » et une malédiction qui a frappé la ville dans les années 1950, quand les villes adjacentes furent submergées dans l’eau pour la construction d’un barrage ?

Sur ces questions, comme sur beaucoup d’autres, le premier-né de Ryan Gosling laisse le spectateur sur sa faim et c’est sans doute une des raisons principales pour laquelle il a engrangé des tonnes de critiques destructrices. Car il est vrai que, concernant ce point, « Lost River » a plutôt l’air d’une œuvre produite dans le cadre d’un cours de cinéma que d’un produit destiné de prime abord au grand écran.

Pourtant, condamner un cinéaste débutant pour avoir eu trop d’ambitions n’est peut-être pas le plus juste, surtout eu égard au fait que « Lost River » a aussi ses mérites.

En tout cas, l’acteur fétiche de toute une génération ne devrait pas s’en décourager pour retourner derrière les caméras dans le futur.

A l’Utopia.


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